Alors que 93 élèves sous-officiers gendarmes burkinabè viennent d’être radiés pour désertion de leur terrain de formation, les réactions oscillent entre appel à la clémence et intransigeance.

Le Faso est la piste privilégiée d’un tango que répètent inlassablement population civile et corps habillés  celui du « Je t’aime, moi non plus ». L’histoire contemporaine des Hommes intègres est une succession de putschs kaki en escaliers, des capitaines ayant renversé un médecin-commandant venu au pouvoir après la chute d’un colonel lui-même tombeur d’un général. Le mélange des genres militaire et politique est un sport national qui apparaît même en filigrane d’une insurrection civile.

Comme ailleurs, volontiers schizophrène, on pleure les treillis qui tombent sous les balles terroristes, tout comme on lorgne les rangers quand la mort s’insinue dans les cellules de garde à vue. Même lorsque les forces de l’ordre sont en période d’apprentissage, leurs faits et gestes sont scrutés par le grand public.

Quelques mois après le refus de se soumettre à un exercice de marche de 50 kilomètres, 93 élèves sous-officiers gendarmes viennent d’être radiés des effectifs de leur école nationale. Ils avaient pourtant invoqué un « risque sécuritaire », après qu’un camion-citerne accidenté avait tué un stagiaire et en avait blessé une vingtaine d’autres, à la fin de l’année 2019. Après plusieurs mois d’enquête, les autorités militaires évoquent une « faute grave contre la discipline pendant la formation ». Rompez !

« Abandon de poste »

Les procédures disciplinaires de ce type ne sont pas rares au Burkina Faso. En 2005, 500 élèves policiers manifestants avaient été exclus de l’école de police. En 2011, des mutineries avaient conduit à la radiation de 633 militaires et 136 fonctionnaires de police, exclusions qui feront débat jusqu’en 2019. Cette même année 2019, 21 policiers seront radiés pour « abandon de poste ».

Depuis l’avènement de la presse libre et des réseaux sociaux, le linge sale de la grande muette se lave de plus en plus dans les lessiveuses numériques. Les syndicats des forces de l’ordre ou les proches des radiés usent de communiqués et de créations d’associations pour prendre l’opinion à témoin.

Dans cette nouvelle affaire de 93 élèves sous-officiers gendarmes mis à la porte de leur école, les forums du web tintinnabulent deux sons de cloche. « Même l’eau a soif », lance le lecteur d’un journal en ligne, évoquant la nécessité de se plier aux règles, quand on obtient une perspective d’emploi perçue comme une chance.

Plus martial, un autre enfonce le cou en exprimant sa conviction que les élèves radiés « allaient gangrener le corps de la gendarmerie par leur mauvais comportement ». Pour une lectrice, ceux-ci ne sont que « de faibles personnes » que les dirigeants du pays ont beau jeu de « mater », au lieu de « taper du poing sur de véritables problèmes comme l’insécurité »…

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