Les plus gros mensonges de l’histoire de France

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Du petit arrangement avec les faits à la vraie imposture, l’histoire a souvent été réécrite avant d’arriver jusqu’à nous. Un détournement opéré plus ou moins consciemment par les historiens, les romanciers, les politiques au fil des années pour construire une représentation commune, et si possible valorisante, du passé. A défaut d’être à proprement parler instrumentalisée, l’histoire est donc souvent déformée pour assurer la cohésion de la société, en particulier en période de crise. De Vercingétorix à Napoléon, voici quelques petits et gros mensonges, parfois encore enseignés en classe.

Vercingétorix, notre ancêtre gaulois

Tout le monde ou presque le sait : nos ancêtres ne sont pas les Gaulois, contrairement à ce que dit l’adage. Nous descendons plutôt d’un mixage long et complexe de populations germaines, latines, indo-européennes suivant la chute de l’Empire romain. Le mythe de l’ancêtre gaulois est né au XIXe siècle quand, lors de la guerre et surtout après la défaite contre la Prusse, il a fallu trouver de nouvelles références historiques pour redresser l’aura du pays. Après les travers de la monarchie, de la Révolution, du bonapartisme et de l’Empire, ce sont donc les Gaulois, frondeurs et résistant « encore et toujours » à l’envahisseur (romain/prussien), qui furent érigés en héros. Le mythe de Vercingétorix, déposant les armes aux pieds de César après une rude bataille, est né à la même époque. Il faut dire qu’on ne sait du chef gaulois que ce qu’a bien voulu en écrire César lui-même dans « La Guerre des Gaules » (déjà une propagande ?). Enfin, dolmen et menhirs dateraient de plusieurs millénaires avant Jésus-Christ, alors que les Celtes ne se seraient installés que vers 700 avant JC en « France ».

Clovis, premier roi de France

Si le mythe des Gaulois ne s’est cristallisé qu’au XIXe siècle, les intellectuels et dirigeants de la monarchie, du Moyen-Âge à la Révolution, n’avaient d’yeux que pour les Francs et pour Clovis. Ce dernier a toujours été présenté comme le premier roi de France. Il fut, certes, le premier monarque des Francs saliens et parvint à gouverner un territoire proche de la France actuelle. Mais son royaume a recouvert également l’Allemagne où il dispose aujourd’hui du même statut. Bien des éléments de sa biographie sont aussi contestés. Son sacre à Reims n’aurait été qu’un baptême « personnel » ou au mieux une forme d’alliance avec l’Église pour asseoir son pouvoir. Le premier sacre d’un roi serait en réalité celui de Pépin le Bref en 754. L’histoire du vase de Soissons, rapporté par un biographe de Clovis, Grégoire de Tours, près de 70 ans après sa mort, a aussi plusieurs fois été démontée par les historiens. Enfin, les symboles de la monarchie de droit divin (fleur de lys, oriflamme…) auraient été ajoutés bien après sa mort. Le mythe de Clovis aurait été particulièrement instrumentalisé lors de la guerre de Cent ans pour fédérer la population autour du roi de France.

Dagobert a mis sa culotte à l’envers

Inutile de préciser que Dagobert, arrière-arrière-petit-fils de Clovis, n’a probablement jamais mis « sa culotte à l’envers ». Mais la chanson, aussi drôle soit-elle, a tout de même donné une vision trompeuse de ce roi parfois classé à tort parmi les « rois fainéants ». Ces rois dont les règnes brefs, les conflits de succession et le peu d’intérêt pour la politique finirent par mettre fin à la dynastie des Mérovingiens. Dagobert Ier fut tout l’inverse. D’abord roi d’Austrasie (France de l’Est) en 623, un des territoires issus des divisions qui suivirent la mort de Clovis, il devient roi des Francs quand son père meurt, en 629. Il parvient à s’emparer de la Bourgogne et de la Neustrie (Nord), reprend l’Aquitaine à son frère assassiné et soumet Bretons et Gascons. Jusqu’en 639, juste avant les « rois fainéants », il fut un roi érudit, bon connaisseur de la Gaule, mais aussi un fin politicien. Il organisa l’agriculture, l’administration et la justice du pays, développa les arts et la culture et sut mettre les nobles au pas. L’image du roi maladroit « qui met sa culotte à l’envers » serait née juste avant la Révolution comme une caricature du roi Louis XVI

Charlemagne a inventé l’école

Qui a eu cette idée folle un jour d’inventer l’école ? Eh bien ce n’est pas Charlemagne, contrairement à ce que dit la chanson populaire. Selon des textes très anciens décortiqués par des historiens, il s’agissait même d’un militaire qui lisait et écrivait assez mal. Seul fait authentique : c’est bien Charlemagne qui aurait encouragé évêques et moines à aller enseigner et à entretenir les écoles. Le mythe s’est réellement fixé entre 1881 et 1882 quand Jules Ferry va poser les bases de l’école moderne, mais les liens entre Charlemagne et l’école ont été « inventés » bien avant. Quelques années après son règne, un authentique mensonge prétend par exemple qu’il aurait lui-même examiné la composition de certains élèves en revenant de campagne. Ce qui est totalement faux. Plus tard, on attribuera à Charlemagne et à son entourage la création de l’Université d’Aix-la-Chapelle puis de celle de Paris. Faux également. Mais cela ne l’empêchera pas de devenir le patron de cette dernière en… 1660 ! Il suffira à cette belle histoire de passer de mains en mains, des partisans de la monarchie aux humanistes des Lumières et aux intellectuels du XIXe siècle comme Victor Hugo, pour arriver jusqu’à nous.

La peur de l’an mille et le Moyen-Âge

L’an mille est décrit dans les manuels d’histoire comme une période de grande peur de la population attendant au mieux le retour du Christ, au pire la fin du monde. Un scénario battu en brèche par Sylvain Gouguenheim, historien auteur des « Fausses terreurs de l’an mille ». Ce dernier rappelle d’abord que le calendrier n’était pas encore très répandu à l’époque et que, faute d’éducation, peu de gens avaient conscience de changer de siècle ou de millénaire. Il cite ensuite quelques anecdotes et quelques délires de membres du clergé, montés en épingle vers 1100, pour aboutir à la fausse « terreur » qu’on rapporte aujourd’hui. Et de conclure qu’aucun « sentiment apocalyptique » ne s’est vraiment imposé entre 950 et 1050. Ce mythe a notamment été exagéré par les Lumières souhaitant montrer le Moyen-Âge comme une période obscurantiste. On leur attribue aussi des ragots sur l’hygiène de la population. Il s’avère pourtant qu’au Moyen-Âge on se lavait plus que sous Louis XIV, avec un fort développement des bains publics avant que l’Église ne sanctionne la nudité. De même, le droit de cuissage serait au pire un dérapage d’un ou deux seigneurs, mais pas le droit légal dénoncé par les philosophes, Voltaire notamment, pour charger la monarchie.

Jeanne d’Arc, la pucelle d’Orléans

Une jeune bergère, courageuse, vierge, sainte, guidée directement par une voix divine… Le mythe de Jeanne d’Arc semble de prime abord exagéré et donc évidemment faux. Il a pourtant réussi à traverser les siècles sans vraiment avoir été remis en cause dans l’imaginaire collectif. Selon de nombreux historiens, Jeanne d’Arc aurait réellement existé, mais son identité aurait été très largement transformée par les Armagnacs eux-mêmes, pour redonner espoir à la population face aux Anglais. Un mythe non pas créé a posteriori, mais bien de son vivant à des fins de propagande. Alors qu’est-ce qui est vrai et qu’est-ce qui est faux au sujet de Jeanne d’Arc ? Il se dit qu’elle était noble et pas bergère, née en 1407 et pas 1412, mariée et pas pucelle, qu’elle n’aurait jamais entendu de voix à Domrémy, que son rôle militaire dans la guerre de Cent ans n’a pas été si important, qu’elle aurait d’ailleurs échappé au bûcher et même qu’elle aurait pu être un homme ! Si les débats sont encore vifs pour démêler ce qui tient du mythe et de la réalité, la mise en scène pour aider Charles VII à monter sur le trône est au moins admise par tous.

François Ier et la bataille de Marignan

1515, Marignan. Tout bon élève doit maîtriser cette date synonyme de victoire militaire sur l’Italie et surtout début du rayonnement politique et culturel de la France et de son roi dans la Renaissance. Et pourtant, l’événement n’a pas la portée qu’on lui attribue et est truffé d’inexactitudes. D’abord, selon de nombreux historiens, il est peu probable que François Ier ait été fait chevalier par Bayard sur le champ de bataille, comme le raconte le mythe. Cette histoire aurait été ajoutée une dizaine d’années plus tard, pour sceller l’union entre la chevalerie et la monarchie, alors que la France et son roi étaient en difficulté. Car après la victoire de Marignan sur la « Sainte Ligue  » (l’Italie), il y eut la défaite de Pavie en 1524 qui entraîna une captivité de deux ans pour François Ier et qui fit perdre à la France la Bourgogne et le Charolais, cédés (pour peu de temps) en échange de la paix. S’en suivirent plusieurs années de troubles avant l’apogée de François Ier, fin politique, grand bâtisseur et défenseur de la culture. Autre mythe contesté à ce sujet : si Léonard de Vinci passa ses dernières années en France entre 1516 et 1519, il est peu probable qu’il soit mort dans les bras du roi, comme le dit la légende.

A suivre…

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