Trump approuve le retour des pelotons d’exécution et de la pendaison

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Avant de partir, le président américain et ses laquais ont autorisé des formes archaïques de mise à mort pour les exécutions fédérales.

Le vendredi 24 novembre, l’administration Trump a étendu de manière impressionnante le pouvoir d’application de la peine de mort du gouvernement fédéral, autorisant le recours à des méthodes d’exécution archaïques qui s’avèreraient être une honte nationale si elles venaient à être utilisées au cours des derniers jours crépusculaires du président.

À une époque où toutes les autres démocraties constitutionnelles et de nombreuses religions condamnent l’agression cruelle que la peine capitale représente contre la dignité humaine, Trump et ses copains font une nouvelle fois un pied de nez au reste du monde et au sens moral le plus élémentaire.

La nouvelle règle est formulée dans des termes d’une simplicité trompeuse: «Les exécutions fédérales seront réalisées par injection létale ou de toute autre manière prescrite par la loi de l’État dans laquelle la peine a été prononcée.» Sous cette prose administrative se cache un fait dans toute sa brutalité, dans cette nation soi-disant civilisée, le gouvernement fédéral sera désormais capable de pendre, d’électrocuter, de gazer ou de fusiller des gens s’il ne veut pas les tuer par injection létale.

Si l’injection est loin d’être la panacée pour exécuter quelqu’un, Trump et ses laquais viennent d’approuver des moyens dépassés pour appliquer la peine capitale. C’est presque entièrement pour leur valeur symbolique, plus que pour la nécessité d’y avoir recours dans l’éventualité hautement improbable où quelque chose irait de travers dans le cadre du protocole d’injection, qu’ils les ont ressuscités. Ceci dit, d’un point de vue pratique, aujourd’hui, rien n’empêche le projet du gouvernement fédéral de tuer les gens avec une unique dose de pentobarbital [au lieu du cocktail de produits utilisés auparavant].

L’administration Trump tire cruellement avantage du fait que les vingt-deux États du pays qui pratiquent encore la peine de mort, parce qu’ils ont éprouvé de réelles difficultés à obtenir les produits mortels à injecter, ont gardé sous le coude la possibilité de faire usage des anciennes méthodes en dernier recours.

Les bastions de la ceinture de la mort

Aujourd’hui, neuf États du sud et frontaliers prescrivent la mort par électrocution comme méthode d’exécution alternative. Six États autorisent l’exécution par le gaz, et le peloton d’exécution est une option dans trois autres États. À noter, trois États –le Delaware, le New Hampshire et l’État de Washington– autorisent encore la mort par pendaison si l’injection létale est indisponible ou irréalisable.

Jusqu’au changement de la loi fédérale de fin novembre, le Mississippi et l’Oklahoma étaient les plus permissifs et autorisaient l’électrocution, le gaz et le peloton d’exécution en plus de l’injection létale. Aujourd’hui, le gouvernement fédéral, qui représente tous les Américains, a surpassé même ces bastions de la ceinture de la mort dans son adoption décomplexée d’un plus vaste éventail de méthodes d’exécution.

Sa décision révèle deux choses remarquables sur la peine capitale aux États-Unis.

Tout d’abord, si la plupart des pays qui ont encore recours à la peine capitale utilisent toujours une unique méthode d’exécution, au cours du dernier siècle, les États-Unis n’ont cessé d’ajouter une méthode après l’autre à leur panoplie jusqu’à ce qu’aujourd’hui, ils disposent de tout l’éventail que l’administration Trump vient d’adopter.

Ensuite, ni les lois, ni la Constitution n’appelaient ces transformations. En réalité, s’il est arrivé que certains tribunaux d’États abolissent une des méthodes d’exécution qui avait cours localement, la Cour suprême des États-Unis n’a jamais imposé d’interdiction de la moindre méthode d’exécution à l’échelle nationale. Depuis le XIXe siècle, elle a approuvé le peloton d’exécution, la chaise électrique et l’injection létale, tandis que d’autres cours d’appel fédérales ont autorisé la pendaison.

D’ailleurs, pendant la plus grande partie de l’histoire américaine, la pendaison a été la principale méthode d’exécution. La première occurrence a eu lieu en 1622 en Virginie, pour punir un voleur de bétail, et depuis, plusieurs méthodes de pendaison ont été essayées. Aucune ne s’est avérée infaillible et beaucoup ont connu des ratés et provoqué des morts lentes par strangulation, avec des cas où le prisonnier pouvait être pris de convulsion, déféquer et avoir les yeux et la langue qui lui sortaient de la tête.

Des alternatives au nœud coulant

À la fin du XIXe siècle, les critiques de la pendaison proposèrent de la remplacer par la chaise électrique qui, affirmaient-ils, assurait une mort moins douloureuse. Utilisée pour la première fois à New York, la chaise électrique est devenue le symbole des exécutions aux États-Unis et a incarné l’approche moderne jusqu’à la fin du XXe siècle.

La mort par électrocution est largement la même aujourd’hui qu’à l’époque. Le condamné est attaché à un siège en bois, une coiffe en métal connectée à des électrodes posée sur la tête. Des chocs de trente secondes à des puissances comprises entre 500 et 2.000 volts lui sont ensuite envoyés plusieurs fois. Entre chaque décharge, le bourreau vérifie le pouls du condamné et le processus est répété jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Mais à l’instar de celle de la pendaison, la fiabilité de l’électrocution ne s’est pas avérée infaillible. Même lorsqu’il est réalisé correctement, c’est un procédé violent dans lequel le prisonnier convulse, gonfle et défèque.

Une autre alternative au nœud coulant, le peloton d’exécution, est devenue courante dans l’Utah au milieu du XIXe siècle, ainsi que dans l’armée américaine. En général, le condamné est encagoulé et attaché à une chaise, un tissu blanc accroché au niveau du cœur. Cinq (parfois huit) tireurs s’alignent, parmi lesquels entre un et trois vont tirer à blanc. Tous font feu en même temps et visent le cœur.

Le gaz mortel, également censé être une méthode d’exécution humaine, a tout d’abord été adopté par le Nevada en 1922. Le condamné est assis dans une pièce hermétiquement close dans laquelle on diffuse du cyanure d’hydrogène. Il est supposé perdre conscience et mourir sans souffrir; cependant, des témoins ont souvent rapporté des preuves de douleurs extrêmes, yeux sortant de leurs orbites et peau qui tournait au violet. La chambre à gaz a remarquablement perdu en popularité après la Seconde Guerre mondiale, lorsque le gazage fut associé à la Shoah, mais dans certains cas, la technique a persisté et sa dernière utilisation date de 1999.

Il y a presque cinquante ans, c’est l’Oklahoma qui a ouvert la voie en mettant en vigueur l’injection létale, méthode d’exécution privilégiée aujourd’hui.

Bien qu’elle soit empreinte des apparences de l’efficacité médicale, cette méthode s’est avérée être la plus problématique de toutes les technologies d’exécution américaines. En effet, depuis son introduction, plus de 7% de toutes les injections létales ont connu des ratés.

Deux aspects antagonistes

L’histoire des méthodes d’exécution aux États-Unis est celle du conflit entre les notions modernes d’humanité et le désir de continuer à faire fonctionner la machine de mort. L’État a tenté de concilier ces deux aspects antagonistes par le biais d’une réinvention et d’une modernisation technologique constantes de l’outil servant à exécuter, même alors qu’il a conservé certaines méthodes d’exécution autrefois discréditées, du style de celles que l’administration Trump est désormais prête à utiliser.

Aujourd’hui, on ne sait pas si un ou plusieurs des cinquante-quatre prisonniers du couloir de la mort fédéral seront vraiment pendus, électrocutés, gazés ou fusillés, mais ce qui est certain, c’est que la nouvelle réglementation doit les terrifier et leur rappeler à quel point leur gouvernement actuel est cruel. Pour le reste d’entre nous, c’est un nouveau rappel de ce dont Trump est capable pour faire sombrer l’Amérique toujours plus bas, bafouer les idéaux et faire honte aux Américains. Et tout ça pour quoi?

La peine de mort n’offre de sécurité supplémentaire à personne, et elle perpétue des formes de discrimination raciale qui, par ailleurs, stigmatisent le système de justice pénale. On ne peut qu’espérer que le souhait du gouvernement de tuer le plus de gens et par tous les moyens possibles poussera l’administration Biden à mettre un terme à la peine de mort fédérale et à diriger un mouvement suffisamment énergique pour qu’elle soit totalement abolie dans tous les États-Unis

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