Violences dans la police française, le vrai bilan

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Un classement international des victimes des forces de l’ordre montre des résultats relativement bons chez nous. N’en déplaise à Mélenchon.

Selon Jean-Luc Mélenchon, la cause est entendue : « La police tue. » Arbitrairement. Elle applique « la peine de mort pour un refus d’obtempérer », a-t-il asséné sur Twitter, à la suite de la mort d’une jeune passagère à Paris, samedi 4 juin, lors d’un contrôle routier. Si la seconde proposition est manifestement outrancière, la première est irréfutable. Les policiers peuvent être amenés à tuer. Toute la question est de savoir s’ils font un usage mesuré des armes que la loi les autorisent à porter.

Le média pure Player Basta ! alimente depuis quelques années une base de données sur ce sujet. Il parvient à un total de 747 personnes tuées en France entre 1977 et 2020 par les forces de l’ordre, soit une moyenne d’un peu moins de 17 par an. Sur la durée, aucune tendance claire ne se dessine. Le nombre de morts annuels fluctue entre moins de dix et plus de trente. Les agglomérations de Paris, Lyon et Marseille représentent la moitié des cas. À l’inverse, la police et la gendarmerie auraient tué une personne ou aucune depuis 1977, selon Basta !, dans de très nombreux départements : la Vendée, les Côtes-d’Armor, l’Allier, l’Indre, le Cher, la Creuse, la Corrèze, le Cantal, la Nièvre, le Lot, etc.

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Dix-sept tués par an quand un seul mort par an est déjà en trop : le bilan des forces de l’ordre françaises est-il inacceptable, sinon symptomatique d’un manque de formation flagrant ou d’une mentalité de cow-boy ? Rien ne permet de le dire. Certes, la France ne fait pas partie des pays les mieux classés en la matière. En Islande, pays tranquille de 367 000 habitants, il a fallu attendre 2013 pour qu’un policier abatte un homme. De mémoire d’Islandais, ce n’était jamais arrivé. En Norvège (5,4 millions d’habitants), autre havre de tranquillité et de prospérité, la police abat un homme par décennie, en moyenne. En 2011, les policiers norvégiens ont tiré en une seule occasion, sans tuer. Elles visaient Anders Breivik, responsable du carnage d’Utoya (77 morts).

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Il n’existe pas d’office statistique à la méthodologie standardisée recensant les violences policières à l’échelle européenne, et encore moins mondiale. Il faut donc se contenter de données nationales émanant soit des États, soit des médias, soit d’organisations non gouvernementales, avec à la clé des différences de méthodes de calcul. La France n’est pas un modèle de transparence, dans ce registre. Elle a attendu 2018 pour communiquer sur ce sujet, de manière non exhaustive. L’Inspection générale de la police nationale (IGPN) avait annoncé 14 décès lors d’opération de police de juillet 2017 à juillet 2018, sans la gendarmerie. Il va de soi, par ailleurs, que les années se suivent et ne se ressemblent pas

Même imparfaites, les données disponibles permettent toutefois d’avancer que notre pays se classe parmi les démocraties où les forces de l’ordre sont globalement sous contrôle. Une opération comme celle qui a eu lieu à Rio de Janeiro le 21 mai 2022 est inimaginable ici : une descente de police dans une favela s’est soldée par 21 morts en une journée, soit le bilan des forces de l’ordre françaises en un an.

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