Musique : la douce fantaisie de Boby Lapointe célébrée sur scène

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Son répertoire compte une cinquantaine de chansons, enregistrées et commercialisées dans les années 1960, et régulièrement rééditées depuis – une nouvelle intégrale sera publiée le 24 juin. Leur auteur, compositeur et interprète est Robert Jean-François Joseph Pascal Lapointe, qui a raccourci cette déferlante de prénoms pour devenir Boby Lapointe (1922-1972). Formidable créateur de textes dont beaucoup relèvent de la fantaisie, d’autres de la tendresse, dans un jeu avec les mots, toutes les possibilités de leurs sonorités, de leur sens, tourbillon de fausses pistes.

Musicalement, les mélodies de Boby Lapointe sont des ritournelles apparemment simples mais truffées de pièges rythmiques, qui passent par une grande diversité de styles. L’on y entend ici un paso-doble, là du twist, ailleurs des fanfares, de la java, du rock, du violon tzigane ou de la guitare sommaire, pour reprendre des titres de Lapointe, de la biguine…

Au Hall de la chanson, dans le Parc de La Villette, à Paris, le spectacle Des racines à Lapointe fête le centenaire de la naissance du natif de Pézenas (Hérault), où il est enterré. Boby Lapointe, costaud au regard rieur et triste, à l’allure de Capitaine Haddock – il a été scaphandrier, adorait la mer –, qui était aussi mathématicien, eut quelques succès qui sont devenus des classiques. Framboise, qu’il chante dans le film Tirez sur le pianiste, de François Truffaut, en 1960, Aragon et CastilleTa Katie t’a quittéLa Maman des poissons, qu’adorent les enfants, T’as pas, t’as pas tout dit.

Décor pop des années 1960

Dans un décor de salon de coiffure très pop fin des années 1960, ces chansons et une vingtaine d’autres, certaines moins connues (L’Ange, Insomnie, Dans mon pays, L’Eté où est-il, J’ai fantaisie…), sont interprétées par les chanteuses Charlotte Avias et Aline Belibi, le pianiste Axel Nouveau, le guitariste (aussi au banjo, à l’ukulélé) Alban Losseroy, par ailleurs chanteur comme le percussionniste Richard Dubelski. Les filles s’affairent, préparent les lieux, mettent leurs blouses roses de travail, reçoivent clientes et clients (les garçons).

Vocalement, il y a là un sacré talent quand il faut s’emparer des virevoltes des mots de Lapointe, maîtriser le débit en rendant sa part de folie

Les personnages de Lapointe vont se succéder dans une mise en scène pleine de trouvailles de Serge Hureau et d’Olivier Hussenet. Charlotte Avias danse au ralenti, Aline Belibi arrive en fée, tout le monde se retrouve en troupe de music-hall. Et voici une belle endormie qui s’étale peu à peu sur son compagnon, un client qui finit dans une camisole de force, une robe qui prend son envol et des bulles qui rejoignent la scène… Les mots deviennent des images.

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