Le nombre d’Africains n’ayant pas accès à l’électricité a augmenté en 2020 et en 2021

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ALERTE. L’accès à l’énergie en Afrique, où 600 millions de personnes vivent sans électricité, a encore reculé sous l’effet conjugué de la pandémie de Covid-19 et de la crise.

Depuis 2021, l’Afrique compte 25 millions de personnes de plus sans courant : la faute à la pandémie de Covid-19 puis la crise, qui ont mis un terme à dix ans de progrès, constate l’Africa Energy Outlook 2022 de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui publie un nouveau rapport ce lundi 20 juin. « Nous avions vu beaucoup de développements positifs, au Ghana, Kenya, Rwanda… mais la tendance s’inverse. Environ 4 % d’Africains de plus vivent aujourd’hui sans électricité comparé à 2019 », a dit à l’AFP Fatih Birol, le directeur de l’Agence. « Et quand je regarde 2022, avec les prix élevés de l’énergie et le fardeau économique que cela signifie pour les pays africains, je ne vois guère de raisons d’être optimiste. »

Préparer l’avenir

Accroître l’efficacité énergétique et étendre réseaux électriques et capacités renouvelables sont les fondements de l’avenir énergétique du continent, dit l’AIE. Celui-ci dispose de 60 % des ressources solaires mondiales, mais n’accueille que 1 % des installations photovoltaïques, moins que les Pays-Bas. Les renouvelables devront, avec l’éolien, les barrages et la géothermie, former 80 % des capacités électriques installées d’ici à 2030, aussi bien pour des objectifs énergétiques que climatiques, souligne le Sustainable Africa Scenario de l’AIE.

Mais pour cela, il faudra « doubler les investissements », explique Fatih Birol. « Les institutions financières internationales, particulièrement les banques multilatérales de développement, doivent recevoir un mandat fort des pays, pour faire de l’Afrique une priorité absolue […] à même d’entraîner les capitaux privés. »

Aujourd’hui, « l’Afrique reçoit seulement 7 % des financements en faveur des énergies vertes apportés par les économies avancées aux pays en développement », insiste l’économiste. Or, « ce sujet peut être résolu d’ici à la fin de cette décennie avec un investissement annuel de 25 milliards de dollars, le montant nécessaire à la construction d’un nouveau terminal de GNL chaque année », dit-il. « Nous lisons en ce moment tous les jours dans le journal que tel pays construit un terminal GNL, tel autre un autre terminal… Avec la même somme, on pourrait résoudre le problème de l’énergie en Afrique, c’est donc tout à fait à notre portée.

Les pays africains punis ?

Les dirigeants africains ne cessent de sonner l’alerte, la semaine dernière, le président nigérien Mohamed Bazoum estimait que les pays africains étaient « punis » par les décisions de pays occidentaux visant à mettre fin au financement de projets liés aux énergies fossiles dès cette année. « Nous allons continuer à nous battre, nous avons des ressources fossiles qui doivent être exploitées », avait-il plaidé à Abidjan, en clôture de l’Africa CEO Forum, un sommet économique réunissant 1 500 chefs d’entreprise et décideurs politiques.

Fin mai, les pays du G7 se sont notamment engagés à mettre fin à tout financement international des projets liés aux énergies fossiles sans technique de capture de carbone dès cette année. « Qu’on permette au continent africain d’exploiter ses ressources naturelles ! Il est quand même inconcevable que ceux qui ont exploité pendant plus d’un siècle le pétrole et ses dérivés empêchent les pays africains de valoriser leurs ressources », a renchéri son homologue sénégalais Macky Sall à ses côtés.

L’AIE souligne aussi le rôle potentiel du gaz, mais uniquement pour un usage transitoire et national. « L’Afrique compte plusieurs champs de gaz naturel identifiés, non encore exploités. S’ils l’étaient, cela ferait 90 milliards de m3 annuels, pour produire des fertilisants agricoles, du ciment et de l’eau potable à partir d’eau de mer », autant d’industries énergivores, explique Fatih Birol. « L’Afrique représente moins de 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Si ce gaz était exploité, elle passerait à moins de 3,5 %, alors que c’est 20 % de la population humaine. » « Pour le gaz comme pour tout, nous ne pouvons mettre l’Afrique dans le même panier que les autres », poursuit l’économiste. « Par exemple, l’urbanisation : 70 millions de bâtiments d’habitation doivent y être construits d’ici à 2030. Cela veut dire ciment et acier, et vous ne pourrez le faire seulement avec le solaire »

Les promesses des énergies vertes

En revanche, la transition mondiale vers les énergies vertes est porteuse de promesses. Après avoir largement subi l’ère des énergies fossiles – qu’il s’agisse de leur coût comme de leur rôle dans le réchauffement mondial –, le continent pourrait être parmi « les premiers bénéficiaires » de ce nouveau chapitre, avec son potentiel solaire et les opportunités industrielles liées aux besoins de métaux et en hydrogène vert, souligne l’AIE.

40 % des réserves mondiales en métaux stratégiques s’y trouvent, qui seront indispensables pour équiper voitures électriques ou rotors d’éoliennes. « Et il reste d’énormes stocks encore non découverts », ajoute le directeur de l’AIE. « Mais pour tout cela, il faudra de nouvelles études géologiques, des gouvernements solides, et tout faire pour minimiser les impacts sociaux et environnementaux » des activités minières.

Quant à l’hydrogène issu d’électricité renouvelable, il sera très recherché dans le monde pour décarboner industrie et transports lourds.

Or, d’ici à 2030, l’hydrogène renouvelable produit en Afrique sera moins cher que celui fabriqué en Europe, coûts de transport par bateau inclus, indique Fatih Birol, qui espère qu’enfin « la COP27 en Égypte [en novembre, NDLR] placera le progrès énergétique de l’Afrique au cœur des débats ».

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