Législatives: la fin de la révolution par le centre?

0
7

Échec de la majorité présidentielle, échec de l’alliance mélenchoniste, maintien de la droite LR, percée du RN… Le Parlement est devenu le foyer de l’ingouvernabilité de la France.

Les cartes du premier tour des élections législatives relatives aux forces politiques arrivées en tête révèlent de nouveau, en les accentuant, les tendances lourdes d’implantation des différentes forces du pays. La Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) ne souffre, en la matière, que résiduellement de concurrences de divers gauche qui, lorsqu’elles correspondent à une offre cohérente et organisée nationalement, réalisent malgré leur jeune âge des scores honorables.

Au second tour, la Nupes a réalisé un score décevant au regard de ses ambitions: notamment la promesse, à ses électeurs, d’une majorité parlementaire «élisant», en dépit des règles de la Constitution, «Jean-Luc Mélenchon Premier ministre» (miracle de l’onirisme).

Une majorité en panne,
un pays en crise

La majorité présidentielle a, elle, souffert d’une non-campagne. Il apparaît en revanche que le parti d’Édouard Philippe, Horizons, mieux rompu aux joutes électorales malgré son jeune âge, réalise de très bons scores là où il est présent –sur des terrains électoraux différents–, ce qui tend à prouver que sous la macronie sommeille une droite républicaine potentiellement dynamique. À trop vouloir corseter Horizons et le MoDem, l’Élysée a commis une erreur, pire, une faute: celle de priver la coalition centrale d’une véritable direct

En marche, renommé La République en marche, est devenu Renaissance à la veille des élections, sans que l’on comprenne véritablement la signification politique de ce changement. Le MoDem puise ses racines dans la tradition démocrate-chrétienne et est héritier de la frange de l’Union pour la démocratie française (UDF) refusant la fusion avec l’Union pour un mouvement populaire (UMP). Horizons est fondé par des élus et des militants rompus à l’activité politique partisane. Il s’agit d’un parti de droite, dont le nom évoque autant la nouvelle frontière politique et sociale à conquérir pour la France que le bleu horizon de la droite républicaine traditionnelle.

Les candidats de ces deux derniers partis ont souvent bénéficié de leur histoire et d’un savoir-faire ancré. Indiscutablement, la coalition présidentielle reste une sorte de Troisième Force, avec une malfaçon coûteuse: l’incarnation de celle-ci dans l’unique personne du président de la République qui, pour talentueux qu’il soit, a eu à l’évidence de très compréhensibles difficultés à agir en même temps sur le front ukrainien et sur le front électoral.

L’extrême droite en force

Le Rassemblement national (RN) obtient 89 sièges. C’est presque trois fois plus que le groupe du Front national (FN) de 1986 (35 sièges), mais sans les ténors que furent alors Jean-Marie Le Pen ou Jean-Pierre Stirbois. L’avenir dira si ce groupe parlementaire est capable de faire de la politique sans brutalisation du débat.

Marine Le Pen (élue dans le Pas-de-Calais), Julien Odoul (Yonne), Laurent Jacobelli (Moselle), Sébastien Chenu (Nord) ou Philippe Lottiaux (Var) devraient être de ceux qui l’animent. Ce résultat impressionnant devrait être médité: la force de frappe du RN sur le plan électoral est considérable, mais il faut garder en tête que le parti est paradoxalement peu organisé, et ce depuis longtemps –une faille structurelle qui ne l’a cependant pas empêché de gagner 89 députés.

Autre leçon: comme cela a été le cas pour le Mouvement national républicain (MNR) de Bruno Mégret, le RN a écrasé Reconquête et traite ses dissidents avec la même vigueur implacable que Jean-Marie Le Pen en son temps.

La fin des mouvements «gazeux»

Ces élections ont révélé une très inégale présence militante sur l’ensemble du territoire. Historiquement habitué à d’intenses campagnes militantes, l’électeur a pu ressentir quelques frustrations devant le caractère atone de nombre de campagnes. Candidats inconnus, absence de campagne massive de terrain… Les partis politiques subissent à l’évidence une dénationalisation, mais aussi, selon les territoires et les partis, une forme de mitage politique qui, d’une France à l’autre, change les enjeux de ce scrutin dénationalisé.

Renaissance n’a ainsi pas tenu les promesses de l’horizontalité de sa fondation. La difficulté à faire émerger des figures nationales et à mailler le terrain efficacement aurait dû pousser à délaisser un modèle que les dirigeants du mouvement ne parvenaient, ou ne voulaient pas, faire vivre.

Censée être un mouvement gazeux, l’alliance La France insoumise-Union populaire (LFI-UP) est quant à elle surtout une machine dirigée d’une main de fer par un petit groupe dirigeant qui, lui, sait définir une stratégie et fournir à ses troupes matière à militer. Partisans ou opposants au mélenchonisme ne peuvent que reconnaître les compétences et le dynamisme de cette organisation.

Une polarisation toujours plus forte

L’absence de majorité au Palais-Bourbon est évidente. Pour faire passer ses textes, pour obtenir la confiance, le seul partenaire possible de Renaissance est le parti Les Républicains (LR). Derrière cette difficulté parlementaire se profile une polarisation accrue de la vie politique et de notre société.

Le discours politique tend à transformer l’adversaire en diable et à faire de la concurrence une force ennemie au sens le plus cru. La situation morale du pays lui fait boire comme un buvard cette brutalisation des codes et, dans le contexte international présent, affaiblit à la fois le débat éclairé par la raison et la nécessaire cohésion nationale.

Une démocratie peut s’accommoder de débats vigoureux, mais elle ne peut vivre dans cette atmosphère de suspicion, de menaces à peine voilées ou de violence latente. À expliquer que Mélenchon=Le Pen ou que Macron=Le Pen, 89 députés lepénistes devraient remercier leurs adversaires et les couvrir de fleurs.

L’Assemblée élue précipite le pays dans une incertitude politique dangereuse. En toile de fond, l’abstention, le désintérêt, des radicalités mal pensées et une inaptitude croissante au débat civique révèlent un fait inquiétant: si les nuages s’amoncellent sur le plan géopolitique, la nuée de la brutalisation et de la décivilisation menace notre démocratie.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici