Allemagne : des accusations d’antisémitisme à la foire Documenta font scandale

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Cette grand-messe de l’art contemporain, qui se tient tous les 5 ans pendant 100 jours à Cassel, suscite une violente polémique depuis son ouverture.

Voici une polémique dont la Documenta, une exposition d’art moderne et contemporain qui se tient tous les cinq ans à Cassel, dans le Land de Hesse, ce serait certainement bien passé. Premier scandale : le collectif d’artistes indonésiens Ruangrupa, fondé en 2000 à Jakarta et chargé cette année de la direction artistique, n’a invité aucun Israélien parmi les 1 500 artistes qui exposeront jusqu’au 26 septembre. Difficile de faire croire qu’il s’agit là d’une omission involontaire et non d’un boycott décidé en toute conscience : il n’est un secret pour personne que Ruangrupa sympathise avec le BDS, le mouvement propalestinien créé en 2015 qui appelle à travers le monde au « boycott, au désinvestissement et aux sanctions contre Israël ». En 2019, le Bundestag, le Parlement allemand, avait pris ses distances vis-à-vis du BDS et jugé ses méthodes et son argumentation antisémites.

En outre, plusieurs œuvres palestiniennes exposées à la Documenta condamnent sans équivoque l’occupation israélienne des territoires palestiniens. Le collage « Gaza-Guernica » de l’artiste palestinien Mohammed Al Hawajri établit un parallèle entre la Luftwaffe qui, en 1937, bombarda la petite ville espagnole et les unités anti-terreur de l’armée israélienne aujourd’hui. Un autre tableau montre Les Moissonneurs de Van Gogh sur le point d’être attaqués par une unité de combat de l’armée israélienne.

Critiques en rafales

Les critiques fusent de partout. Pourquoi les autorités allemandes responsables de la Documenta n’ont-elles pas – en amont – clarifié les choses et rappelé à l’ordre le collectif indonésien ? Sa mission était pourtant prometteuse. En faisant appel à un groupe venu d’Asie et non, comme à l’accoutumée, à un commissaire européen ou américain, la plus grande et la plus importante exposition internationale pour l’art contemporain faisait le pari audacieux de s’ouvrir encore davantage sur le monde. Les sympathies propalestiniennes du collectif indonésien (un pays qui ne reconnaît pas l’existence d’Israël) étaient pourtant connues de tous. Le président Frank-Walter Steinmeier dit avoir hésité, mais fini par juger bon de venir inaugurer la Documenta samedi dernier. « Il est frappant, a-t-il souligné dans son discours, que dans cette importante exposition d’artistes contemporains, aucun artiste israélien ne soit représenté. » Il a rappelé que « la liberté d’expression et la liberté artistique sont deux piliers de notre Constitution. Il est permis de critiquer la politique israélienne, mais une limite est franchie quand cette critique remet en cause l’existence de l’État d’Israël

La présence d’œuvres clairement antisémites exposées à la toute dernière minute a rendu intenable la position des organisateurs, indonésiens et allemands. Un placard du collectif d’artistes indonésiens Taring Padi installé juste avant l’inauguration à l’entrée du hall d’exposition principal représente une scène de bataille. Certains personnages semblent tout droit sortis du Stürmer, le journal nazi célèbre pour ses caricatures antisémites. On voit un homme aux dents longues et gros cigare coiffé d’un chapeau melon qui porte l’insigne « SS ». Et un cochon habillé en soldat qui porte l’étoile de David et est coiffé d’un casque marqué « Mossad », le service de renseignement israélien. Une représentation d’autant plus scandaleuse que l’Allemagne vient d’y être sensibilisée. À Wittenberg, la ville de Luther, un bas-relief de la cathédrale représentant une truie, symbole désignant les Juifs au Moyen Âge, fait débat depuis des semaines. Ce placard est donc la goutte d’eau qui a fait déborder un vase déjà bien plein. L’ambassade d’Israël exige qu’il soit retiré et la pression augmente pour que les politiques tirent enfin les conséquences.

Ce scandale est d’autant plus choquant que la Documenta fut créée en 1955, au lendemain de la guerre pour sortir l’Allemagne, où le régime nazi venait de bannir l’art moderne jugé « dégénéré », de son isolement. La Documenta devait être un antidote à l’étroitesse d’esprit et promouvoir la tolérance et le dialogue.

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