TikTok au cœur de la nouvelle techno-guerre froide Chine/États-Unis

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Et si, en dépit des promesses des responsables de TikTok, les données personnelles d’utilisateurs du réseau social finissaient par être écoutées, au moins pour une partie d’entre elles, en Chine, via une porte dérobée ? Et cela, même si elles concernaient des utilisateurs qui se sont connectés au pays de l’Oncle Sam ? Voici une des révélations du site new-yorkais Buzzfeedqui a eu accès à pas moins de 80 enregistrements issus de réunions internes au réseau social et dans lesquels il est fait état que des vidéos et des commentaires d’utilisateurs sont communiqués à ByteDance, la maison mère de TikTok. L’affaire n’est pas anodine, car ces écoutes étaient brandies comme une possibilité par Donald Trump, qui, en 2020 alors qu’il était président, a menacé d’interdire le réseau social.

Qui veut la peau de Tiktok ? Mi-avril 2019, le gouvernement indien a fait part de son intention d’interdire l’accès à l’application spécialisée dans le partage de courtes vidéos, accusée de propager des contenus pornographiques. Il y a deux mois, le Guardian a accusé le réseau social créé en 2016 et chouchou des adolescents d’être l’objet de la censure de Pékin. Plus récemment, le 21 octobre, le Washington Post reprochait au réseau social de véhiculer des vidéos du groupe État islamique.

Dernier épisode en date, l’offensive des autorités américaines, qui cherchent des poux au réseau social, dont le logo évoque une note musicale. Si TikTok affiche au compteur quelque 500 millions d’utilisateurs actifs, elle est aussi en passe de devenir la bête noire des autorités américaines. Inquiets de l’utilisation des données de ses 80 millions de citoyens, les États-Unis ont en effet ouvert une enquête sur l’application chinoise. En réalité, peu importe que l’humoriste Jimmy Fallon et l’actrice Rebecca Zamolo ne jurent que par lui, TikTok est devenu le nouveau vilain petit canard de l’Internet mondial.

« Un moyen pour étendre la censure du Parti communiste chinois »

Aux États-Unis, c’est le Comité sur l’investissement étranger aux États-Unis (CFIUS), chargé de veiller à ce que les achats d’entreprises nationales par des entités étrangères ne compromettent ni la sécurité ni les intérêts nationaux, qui a lancé l’offensive. Le prétexte ? Il voulait des précisions sur l’acquisition de Musical.ly, depuis fusionné avec TikTok, par le chinois ByteDance pour un milliard de dollars en 2017. Une première alerte lancée par les sénateurs américains Chuck Schumer (démocrate) et Tom Cotton (républicain) aux services secrets au nom de la sécurité nationale a mis le feu aux poudres. Le sénateur républicain Marco Rubio a enfoncé le clou : « Je reste profondément préoccupé par le fait que toute plateforme ou application ayant une propriété chinoise ou des liens directs avec la Chine, telle que TikTok, puisse être utilisée par le Parti communiste chinois comme un outil permettant d’étendre sa censure autoritaire d’informations en dehors des frontières chinoises et d’amasser des données sur des millions de personnes, des utilisateurs sans méfiance », a-t-il écrit et envoyé au ministère du Trésor américain.

Pourquoi un tel acharnement ?

Alors que la campagne pour l’élection présidentielle est lancée, les bruits de couloirs sur la tentative d’influence de l’entreprise chinoise sur celles-ci ont fini de convaincre les autorités de mener l’enquête. Difficile de ne pas y voir non plus une illustration de la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis. « Les Américains ont beau jeu d’accuser TikTok alors que l’affaire Snowden a montré que la surveillance ne leur était pas totalement étrangère », relativise Jean-Marc Bourguignon. Le créateur de l’ONG Nothing2Hide est cependant lucide sur le siphonnage international des données, qui bat son plein : « Il y a encore peu de temps, lorsque vous ouvriez une application Météo sur Android, beaucoup de données allaient vers des serveurs chinois. » Il n’empêche, c’est la première fois qu’un réseau social venu de Chine fait à ce point de l’ombre aux géants américains du secteur. « Depuis quelques années, la mondialisation a laissé la place à la méfiance entre les États-Unis et la Chine, on comprend donc que beaucoup, aux États-Unis, n’ont pas envie de voir un réseau social chinois aux États-Unis », analyse pour Le Point Roger MacNamee, créateur du fonds Elevation Parners.

TikTok se défend

Interrogé par Le Point, TikTok répond que leurs « data centers ne sont pas situés en Chine » et donc qu’« aucune donnée de TikTok n’est soumise à la loi chinoise ». L’argument principal du réseau social ? ByteDance, la maison mère de TikTok, a deux sièges : un situé en Chine qui gère le service Douyin et un autre basé à Los Angeles et à Londres qui gère le TikTok occidental que nous connaissons.

L’application multiplie les initiatives comme sa très récente campagne pour sensibiliser les jeunes au bon usage des réseaux, en insistant sur le respect des autres, ou le temps passé sur son application. Il est aussi possible de choisir les personnes avec qui on veut parler, ou encore quelles informations on souhaite rendre publiques ou privées. Cette vidéo explique ainsi comment bloquer un utilisateur. « Il est donc impossible de rentrer en contact avec un utilisateur sans l’y avoir invité et l’avoir accepté », expliquent les créateurs du service.

Du PSG à Merci Handy

L’enjeu pour l’entreprise, c’est de s’imposer comme un média grand public. Certains artistes comme le rappeur Lil Nas et son titre « Old Time Road » ou le danseur Deepak Singad se sont fait connaître grâce à l’application. En France, Léa Elui, 18 ans, devrait bientôt dépasser les 10 millions de fans. « Les contenus liés aux play-back sont désormais marginaux. Désormais, sur la plateforme, il est possible de trouver des vidéos de sport, mais aussi de la magie, de découvertes scientifiques, ou encore d’aventure », explique un porte-parole de l’application.

Enfin, TikTok met en avant, pour montrer patte blanche, la présence de plus en plus de comptes professionnels comme Clarins, Merci Handy, ou encore Sephora. L’Olympique de Marseille, le Bayern de Munich ou Monaco ont des comptes. Tout comme le PSG, qui y a annoncé en exclusivité le recrutement de son dernier joueur Abdou Diallo. Aux États-Unis, la marque Chipotle a un compte, tout comme le zoo de San Diego, et même l’Ifad, une institution des Nations unies qui vise à encourager les agriculteurs des pays émergents.

« Données personnelles de millions d’ados américains »

Des arguments qui ne calment pas les autorités américaines, dont Marco Rubio se fait le porte-parole sur Twitter : « Selon la loi, toutes les entreprises chinoises, y compris les propriétaires de @tiktok_us, doivent transmettre leurs données au Parti communiste si on le leur demande. TikTok n’est pas simplement une source de vidéos accrocheuses, c’est une source des données personnelles de millions d’adolescents américains. » D’autant que, selon une source anonyme au New York Times, le gouvernement américain a bien les preuves d’un transfert de données de l’application vers la Chine.

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