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Afrique Le Mali en bref

L’influence russe croissante au Mali

Le 26 juin 2019, au salon moscovite « Army », le général Ibrahim Dahirou Dembélé signait un accord de coopération militaire et de sécurité avec son homologue russe, Sergueï Choïgou. Cet accord illustre bien une nouvelle stratégie adoptée par Moscou depuis 2014. L’Afrique est (re)devenue une nouvelle destination stratégique.

Des liens russes et maliens qui datent de la Guerre froide

Un Mi-35, hélicoptère de combat russe qui sera prochainement livré aux armées malienne
Un Mi-35, hélicoptère de combat russe prochainement livré aux armées maliennes
La Fédération de Russie
trouve en effet intérêt à s’implanter en Afrique et dans ce cas spécifique au Mali. Elle renoue tout d’abord des liens avec Bamako qui datent de la Guerre froide. De plus, le marché militaire malien est conséquent en raison des troubles qui y règnent. Enfin, les forces armées maliennes (FAMa) sont principalement équipées de matériels soviétiques. Bamako a même effectué une commande supplémentaire de fusils d’assaut de type kalachnikov à la Russie en 2013.

La volonté de Moscou de se rapprocher de son client malien s’illustre par le don de deux hélicoptères militaires en 2016. A cela s’ajoutent deux MI-35, des hélicoptères de combat russes, qui doivent être livrés cette année à l’armée de l’air malienne. Dans un cadre de relation commerciale il semble donc logique qu’un rapprochement militaire ait lieux.

Pour quelle raison Moscou et Bamako effectuent un rapprochement ?

La question se pose au regard des événements qui se déroulent dans le pays. Comme le confirme le général Clément-Bollée, ancien commandant de la force Licorne en Côte d’Ivoire, la force Barkhane est en difficulté et « va droit dans le mur », selon l’intéressé. Depuis l’opération Serval de 2013, les violences n’ont pas diminué. Les groupes djihadistes se sont structurés et frappent de manière régulière. Pire, des tensions interethniques secouent le centre du pays. Dogon, Touaregs et Peuls se livrent à des vendettas générant des massacres. L’intervention française rencontre donc une hostilité grandissante.

C’est dans ce contexte que l’attractivité russe est grandissante. Partenaire économique ancien, parrain anti-occidental durant la Guerre froide, la Russie permet à Bamako de réaffirmer son indépendance vis-à-vis de la France. L’offre russe représente aussi de nombreux avantages pour le pouvoir malien. Une formation de l’armée par des spécialistes russes permettra d’accentuer la capacité des FAMa à maintenir la paix sur le territoire. Même si l’opération Barkhane continue, cela offre une indépendance stratégique à Bamako. De plus, la Russie veille à la stabilité des régimes qu’elle soutient. L’intervention russe en Syrie a en effet permis de maintenir le clan Assad au pouvoir. Ibrahim Boubacar Keïta, le président malien, très contesté, peut donc espérer une aide de Moscou afin d’asseoir son pouvoir.

Le savoir-faire militaire russe est donc considéré comme efficace, facteur de stabilité et d’indépendance. Des arguments de poids dans un pays instable et dont une partie de la population conteste la présence française.

Quels bénéfices pour Moscou ?

L’Afrique n’est pas un espace stratégique prioritaire pour la Russie. Loin de son influence stratégique, soumis à des troubles dans certaines régions, le continent fut délaissé à la fin de la Guerre froide.

Toutefois les sanctions européennes à l’encontre de Moscou, depuis 2014, poussent le président Vladimir Poutine à développer de nouvelles stratégies. Le continent africain permet donc de traiter avec des pays qui ne sanctionnent pas la Russie. Leurs économies ne sont en effet pas soumises au champ de sanctions européennes. Le Kremlin a aussi bâti sa diplomatie internationale en opposition avec le monde occidental. Ce sujet structurant de la politique étrangère russe est sans doute un facteur de contrat militaire. En soulignant implicitement le bourbier malien pour l’armée française, Moscou envoie un signal fort à toute l’Afrique francophone. La méthode russe se présente donc comme une alternative à l’ancien colon européen.

Stratégie d’opportunité ou vision long terme ?

Il serait sans doute trop facile de dénoncer un simple opportunisme. Les liens entre Moscou et les anciennes colonies africaines existent depuis l’indépendance de ces pays. La majorité des pays africains ont utilisé des matériels militaires soviétiques durant la Guerre froide. Des liens existent donc depuis des années. Cependant, c’est plutôt la nouvelle stratégie russe qui est intéressante. Le plus vaste pays du monde se sert de son expertise militaire comme d’un outil de soft power au service de son rayonnement international.

Loin de n’être que du soft power, cette approche est également pragmatique. En effet, la Russie semble avoir conclu des accords commerciaux avec la Centrafrique. Moscou privilégie l’accès aux ressources d’un des pays les plus pauvres de la planète mais avec un sous-sol très riche. Il semble que l’accord militaire conclu avec Bamako soit du même acabit. Pour preuve, le Mali possède des réserves de terre rare, matière essentielle à la constitution d’appareils technologiques ou encore des mines d’or ainsi que des réserves de pétrole.

L’accès à ces ressources stratégiques, la participation d’instructeurs militaires russes et la livraison d’armement à Bamako semble donc augurer une stratégie à long-terme. Même si l’approche opportuniste de concurrencer une région historiquement liée au bloc occidental n’est pas à démontrer, il est évident que la Russie noue des liens dans l’espoir de durer au Mali. Il en est de même dans les autres pays africains sous accord militaire, même non francophones (Soudan, RDC, Angola, Zimbabwe).

Entre avantages économiques, rayonnement militaire et concurrence pour le marché africain, ces contrats militaires révèlent un changement d’approche politique net de la part du Kremlin. A monde multipolaire nouvelles stratégies…

Sources :

-“Le “grand retour” de la Russie en Afrique ?”, IFRI, Avril 2019, (https://www.ifri.org/sites/default/files/atoms/files/kalika_russie_afrique_2019.pdf)

-“L’offensive russe au Mali”, Monde Afrique, 9 juillet 2019, (https://mondafrique.com/loffensive-militaire-russe-au-mali/?fbclid=IwAR0M3eYYKZslxCIG_BfkirHUPhmVkCnh5Xkrix1LD1TKch0U9Z3ogI1yZOk)

-“Le Mali et la Russie ont signé un accord de coopération militaire”, Opex360.com, 27 juin 2019, (http://www.opex360.com/2019/06/27/le-mali-et-la-russie-ont-signe-un-accord-de-cooperation-militaire/)

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Afrique Le Mali en bref

«Les services de renseignement algériens sont en opération en permanence en Libye, en Tunisie et au Mali» contre Daech

Dans un entretien à Sputnik, Khaled Ziari, ex-officier supérieur algérien responsable de la lutte antiterroriste, a affirmé que l’armée et les services de renseignement de son pays avaient prévu depuis longtemps l’arrivée d’al-Baghdadi au Maghreb, et avaient mis en œuvre toute une batterie de mesures pour y faire face.

Des informations auraient été données par la coalition internationale anti-Daech* menée par les États-Unis à la Tunisie sur une probable présence d’Abou Bakr al-Baghdadi, le chef de l’organisation terroriste Daech*, en Libye. Les frontières tuniso-libyenne et algéro-libyenne ont été mises en état d’alerte, et les autorités des deux pays prennent très au sérieux la menace d’un éventuel redéploiement des groupes de cette organisation terroriste au Maghreb et au Sahel en général.

Ahmed Gaid Salah, le chef de l'armée algérienne
CC BY-SA 4.0 / LAMRAOUI.LAMIN / AHMED GAID SALAH WITH THE ARMY
Pourquoi l’armée algérienne est-elle visée par une campagne de dénigrement?
Pour ce qui est du cas de l’Algérie, ceci se greffe à la problématique des flux migratoires en provenance des pays du Sahel, dont l’impact sur la sécurité nationale a été relevé par les autorités algériennes depuis plusieurs mois.

Khaled Ziari, ex-officier supérieur à la direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) algérienne, responsable de la lutte antiterroriste, a commenté pour Sputnik les mesures préventives engagées depuis longtemps par l’armée algérienne et l’ensemble des services de sécurités pour contrecarrer la menace de l’éventualité d’un redéploiement des groupes de Daech* au Maghreb et au Sahel.

«En réalité, l’armée algérienne [l’Armée nationale populaire (ANP), ndlr] est en alerte permanente depuis que le phénomène Daech* avait investi toute la région qui entoure l’Algérie», a déclaré l’ex-officier supérieur de le DGSN, précisant que «l’ANP n’a pas attendu les renseignements de la coalition anti-Daech*, pour prendre les mesures qui s’imposent».

Libye
© AP PHOTO / ESAM OMRAN AL-FETORI
Un ex-chef d’état-major algérien détaille à Sputnik les enjeux géostratégiques en Libye
Dans le même sens, l’ex-responsable de la lutte anti-terroriste a affirmé que «les services de renseignement algériens étaient en opération en permanence dans la région, y compris à l’intérieur même de la Libye, de la Tunisie et du Mali…». «La présence d’Abou Bakr al-Baghdadi en Libye était une éventualité intégrée depuis longtemps, notamment après l’échec cuisant de son organisation en Irak et en Syrie».

Tout en indiquant que ce que craignent les autorités algériennes «ce sont les faux pas et d’éventuelles  compromissions des tunisiens et des libyens» avec le chef terroriste, M.Ziari a souligné que «que les autorités militaires ont doublé de vigilance pour empêcher toute tentative d’infiltration en Algérie soit d’al-Baghdadi lui-même, ou de ses groupes». «Par ailleurs, l’expérience algérienne en matière de lutte contre le terrorisme n’incite pas les terroristes à s’aventurer sur le sol algérien», a-t-il lancé.

La frontière entre la Tunisie et la Libye
© REUTERS / ZOHRA BENSEMRA
Un ex-colonel des services algériens évoque les dessous de ce qui se passe en Libye
Pour ce qui est de l’impact des flux migratoires vers l’Algérie en provenance des pays du Sahel, Khaled Ziari a affirmé que «la situation est certes lourde et entraine plus d’efforts sécuritaires, mais elle reste gérable et maîtrisable».

Compte tenu de tous ces facteurs externes qui s’ajoutent à la situation interne complexe de l’Algérie, suscitée par les revendications «démesurées» du mouvement populaire du 22 février, l’ex-officier supérieur a affirmé  qu’«il n’y a pas lieu de s’alarmer», pour la sécurité nationale algérienne. «Le chef de l’état-major de l’armée a exprimé à plusieurs reprises le caractère populaire de l’institution militaire et sa détermination à accompagner le peuple vers le changement souhaité».

Cependant, selon lui, ce qui peut être un motif de préoccupation, «c’est le complot contre l’État initié par l’ex-responsable des services de renseignement, le général de corps d’armée Mohamed Lamine Mediène, dit Toufik». «On ne connait pas encore l’étendue de cette initiative criminelle qui peut aller jusqu’à une certaine complicité à l’intérieur même de l’institution militaire et qui, évidemment, peut avoir des conséquences sur la sécurité nationale d’une manière générale», a-t-il mis en garde.

Ali Benouari
© SPUTNIK .
Ex-ministre algérien du Trésor: «la lutte contre la corruption peut valoir à son auteur beaucoup d’ennuis»
Dans un entretien accordé à Sputnik, Ahmed Mizab, expert et chercheur algérien en questions sécuritaires et stratégiques, a expliqué les raisons qui auraient poussé les dirigeants de Daech* à opter pour le Maghreb, le Sahel et la région subsaharienne. Selon le spécialiste, ces territoires d’un point de vue géographique, de la nature des reliefs et de certaines influences, offrent les conditions nécessaires à ces groupes terroristes pour se redéployer, se restructurer et relancer à nouveau leurs activités criminelles. À ceci, indique-t-il, s’ajoute un détail important: beaucoup d’éléments de Daech* ayant combattu au Moyen-Orient sont originaires des régions maghrébine et nord-africaine. Il a souligné que d’un point de vue opérationnel, ces combattants vont revenir dans leurs pays d’origines, constituant ainsi un vrai danger pour toute la région.

*Organisation terroriste interdite en Russie

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Le Mali en bref Les mensonges de l'histoire

Mort de Ghislaine Dupont et Claude Verlon au Mali : la version officielle remise en cause

Six ans après l’assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon au Mali, une enquête de RFI révèle que les forces spéciales françaises auraient pourchassé leurs ravisseurs. Si l’armée française n’a pas commenté ces révélations qui contredisent la version officielle, une source à la Minusma en confirme certaines.

Que s’est-il réellement passé ce 2 novembre 2013 à Kidal, au nord du Mali, où Ghislaine Dupont et Claude Verlon, deux journalistes de Radio France Internationale (RFI) en mission, ont été enlevés puis assassinés par des hommes armés liés aux groupes extrémistes religieux d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ? De « nouveaux éléments » révélés par RFI le 22 juillet dernier contredisent la version officielle de l’armée française.

Selon cette version présentée par les militaires français, les reporters ont été enlevés entre 13 heures et 13 h 10. Cinq minutes plus tard, le commandant de la force française à Kidal a demandé aux forces onusiennes de la Minusma (Mission des Nations unies au Mali) de fermer les checkpoints à la sortie de la ville. À 13 h 55, un détachement de liaison et d’appui (DLA) des forces françaises a reçu l’ordre d’engager la poursuite. À 14 h 25, les hommes du DLA ont découvert les corps sans vie des deux journalistes à côté de la voiture abandonnée des ravisseurs.

Une version remise en cause

Une version désormais remise en cause par de nouvelles informations dévoilées par RFI. Se basant notamment sur le témoignage d’un haut gradé de la Minusma, d’un ancien de la DGSE (les services de renseignement français) et des auditions de jihadistes réalisées par des enquêteurs maliens -, le média révèle qu’à 13 h 40, la mort de Claude Verlon et de Ghislaine Dupont était déjà connue de plusieurs militaires français, et ce « bien avant l’arrivée des blindés de la force Serval ».

La radio va plus loin : dès l’enlèvement des journalistes, les forces onusiennes à Kidal étaient déjà sur les traces des ravisseurs (jusqu’à sept kilomètres hors de la ville), avant d’être relevés par les forces spéciales françaises. « Ces informations sont correctes et sont documentées dans un rapport obtenu depuis six mois par RFI », confirme à Jeune Afrique sous couvert d’anonymat une source à la Minusma.

Autre point de divergence avec la version officielle : le déploiement des hélicoptères de combat, bêtes noires des groupes jihadistes. Selon le rapport officiel, c’est vers 15 h 30 que les hélicoptères de combat sont arrivés sur les lieux, or plusieurs sources ont affirmé à RFI que ces hélicoptères ont été déployés aussitôt après le rapt.

 
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Afrique Le Mali en bref

Synthèse de l’allocution de Tiébilé Dramé lors de sa première sortie en tant que ministre des affaires étrangères du Mali à la session du G5 Sahel à Bruxelles

Le Ministre Tiébilé Dramé lors de la session du G5 Sahel à Bruxelles « Les malheurs d’un pays comme le Mali proviennent de la Libye ; il faut que l’Europe se coordonne et agisse davantage pour y favoriser la paix et la stabilité »

Alors que plusieurs attaques ont endeuillé le Burkina Faso ces derniers jours, les ministres des affaires étrangères de la région du G5 Sahel se sont réunis à Bruxelles.C’est « une situation paradoxale », admet la haute représentante européenne Federica Mogherini : « Les efforts de l’Union européenne (UE) et des États membres en faveur des pays du G5 Sahel augmentent, mais le niveau de sécurité se détériore ».

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« Ce dont nous avons besoin, c’est d’une accélération des procédures, d’une mobilisation internationale concrète, d’une coalition internationale contre la menace terroriste, de plus d’efforts, sinon les nôtres seront réduits à néant », répondait en écho Tiébilé Dramé, ministre des affaires étrangères du Mali.

Les désaccords auraient-ils dominé la réunion que les ministres des affaires étrangères du Mali, du Niger, du Tchad, du Burkina Faso et de la Mauritanie ont tenue, mardi 14 mai, à Bruxelles avec leurs homologues européens ? Non, à en croire les diplomates européens et Mme Mogherini, même si « des messages durs » sont passés. A destination, notamment, des dirigeants maliens pour leur lenteur à mettre en œuvre le plan de paix signé en octobre 2018 entre l’État et des groupes armés. Un texte lui-même censé relayer l’accord conclu à Alger en 2015.

Faiblesse des armées régionales

Pour le reste, les deux parties partagent une évidente inquiétude et jugent que c’est bien une course contre la montre qui est engagée pour tenter de sécuriser le Sahel alors que les activités de groupes djihadistes s’y multiplient. Pendant leurs débats et alors qu’ils venaient de respecter une minute de silence en mémoire des deux soldats français tués au Burkina Faso lors de l’opération de sauvetage des otages enlevés au Bénin, les participants apprenaient qu’un groupe armé avait tué quatre catholiques dans le nord du Burkina. C’est la troisième attaque meurtrière contre des lieux de culte et des fidèles dans ce pays en l’espace de quinze jours. Dimanche, un prêtre et cinq fidèles avaient été tués dans une église.

De nombreuses questions subsistent en tout cas à propos du rôle de la Force conjointe du G5, pour laquelle l’UE a fourni une contribution de 147 millions d’euros – qui ne peut couvrir que du matériel non létal. Pour agir dans les zones frontalières, les cinq pays ont mis en place leur propre force de sécurité régionale, soit quelque 5 000 hommes soumis à un commandement centralisé.

Les opérations de la Force conjointe avaient été suspendues après l’attaque de son QG à Sévaré, le 29 juin 2018, et ont repris en janvier. Envisagé en partie par les diplomates français comme une opportunité de mettre « Barkhane » en arrière-plan grâce à une plus grande implication des armées de la région, le G5 Sahel n’est toujours pas pleinement opérationnel, cinq ans après les premières mobilisations. Il le serait « à 80 % », affirme-t-on à Bruxelles.

Les causes principales du retard sont le manque de financement, mais aussi la faiblesse d’un certain nombre d’armées de la région. Le G5 n’est en fait que la somme de celles-ci et, entre les pays, les niveaux sont différents. Les deux maillons faibles à ce jour sont le Burkina Faso et le Mali, l’armée de ce dernier ne s’étant en fait jamais remise de sa débâcle dans le nord du pays en 2012, lorsqu’elle avait été défaite par une coalition d’indépendantistes du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et de groupes djihadistes. Depuis, elle a regagné des positions, mais est soumise régulièrement à des attaques meurtrières comme à Dioura, le 17 mars, où elle a perdu 26 soldats.

Les forces armées maliennes constituent aussi une part du problème lorsque, dans le centre du pays, elles s’avèrent incapables d’empêcher des tueries communautaires comme à Ogossagou, le 23 mars, et se retrouvent périodiquement accusées d’exactions. Du côté européen, en partenariat avec l’ONU, on insiste d’ailleurs lourdement sur la nécessité, pour les pays de la région, de se conformer aux droits humains et au droit humanitaire international. « C’est important pour rendre confiance à la population », souligne Mme Mogherini. Depuis le début d’année, de nouveaux ministres de la défense et de nouveaux chefs d’état-major ont été nommés, tant au Mali qu’au Burkina Faso.

Poursuivre les efforts

Ce dernier connaît une violente dégradation sécuritaire du fait de la contagion djihadiste venue du Mali. La menace s’est « homogénéisée » au nord puis à l’est du pays mais, de l’avis de plusieurs spécialistes, elle a été favorisée, notamment, par l’abandon du maillage sécuritaire et des compromis, voire des compromissions, qui pouvaient exister sous Blaise Compaoré. Ainsi que par les agissements de l’armée dans la lutte antiterroriste.

« Les malheurs d’un pays comme le Mali proviennent de la Libye, affirme pour sa part le chef de la diplomatie malienne, Tiébilé Dramé. Il faut que l’Europe se coordonne et agisse davantage pour y favoriser la paix et la stabilité. »

Didier Reynders, ministre belge des affaires étrangères et de la défense, réplique qu’il appartient aussi aux pays concernés de contrôler leurs frontières et d’arrêter les trafics qui y pullulent. Les Européens appellent également leurs partenaires à désarmer les milices, à réformer les forces de sécurité, à mettre fin à l’impunité, et à redéployer les services publics dans les zones où ils ont disparu.

Pour ce faire, l’Europe, qui aura consacré 8 milliards d’euros à la région pour la période 2014-2020, se dit prête à poursuivre ses efforts, tant financiers que sécuritaires, politiques ou humanitaires. Aujourd’hui, confesse un diplomate bruxellois, « la vraie question est de savoir si notre stratégie de coopération antiterroriste a une chance de réussir ». Dans une relative discrétion, note-t-il, les États-Unis s’y emploient, eux, depuis dix-sept ans (avec au départ, l’Initiative Pan-Sahel), mais « ils ont déjà conclu qu’ils avaient échoué, ce qui les inquiète moyennement, car la zone reste périphérique par rapport à leurs intérêts ». Ce n’est, évidemment, pas le cas pour les Européens.

  1. Diallo
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Mali : Boubou Cissé, un économiste à la primature en pleine crise sécuritaire

Alors que le pays fait face à une dégradation de la situation sécuritaire, en particulier dans le Centre, la nomination de Boubou Cissé au poste de Premier ministre a surpris, tant son profil d’économiste est aux antipodes de celui de sécurocrate de son prédécesseur Soumeylou Boubèye Maïga.

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En nommant Boubou Cissé au poste du Premier ministre, Ibrahim Boubacar Keïta a surpris le Landerneau politique malien. Pour remplacer Soumeylou Boubèye Maïga, Premier ministre au profil de sécurocrate assumé, et alors que le pays se trouve confronté à une dégradation de la situation sécuritaire dans le Centre, le président malien a en effet opté pour un homme plus jeune – 45 ans, contre 64 pour son prédécesseur -, qui semble éloigné des questions de sécurité et de défense.

Loin des questions sécuritaires

Boubou Cissé, économiste de formation de 45 ans, natif de Bamako, était ministre de l’Économie et des Finances depuis plus de trois ans, après avoir détenu le portefeuille de l’Industrie et des Mines entre 2013 et 2014.

Le peu d’intérêt qu’il portait jusqu’à présent aux questions de défense et de sécurité laisse perplexe certains partenaires occidentaux. « Lors de la visite de la délégation malienne au Conseil de paix et sécurité de l’ONU, à New York, Boubou Cissé s’est vraiment mis à l’écart. Il n’a pas participé aux discussions sur le sujet sécurité », confie un diplomate européen en poste à l’ONU.

Une impression confirmée par le chef de l’un des groupes armés signataires de l’accord de paix, qui « a eu des échanges avec Boubou Cissé » lors desquels celui-ci « portait peu d’intérêt à la question sécuritaire ».

Mali : les raisons de la démission de Soumeylou Boubèye Maïga

Soumeylou Boubèye Maiga , Premier ministre Malien © Emmanuel Daou Bakary pour JA

Le chef du gouvernement malien a présenté sa démission jeudi soir, avant le vote d’une motion de censure déposée par des députés de la majorité et de l’opposition. Quatre dossiers ont conduit à sa chute. Décryptage.

Soumeylou Boubèye Maïga a présenté sa démission ainsi que celle de son gouvernement à Ibrahim Boubacar Keïta dans la soirée du 18 avril. Cette décision est intervenue à la veille de l’examen par l’Assemblée nationale d’une motion de censure contre le gouvernement par des députés de la majorité et de l’opposition.

Jusqu’à la dernière minute, ce fidèle d’Ibrahim Boubacar Keïta, âgé de 65 ans, aura bénéficié du soutien du chef de l’État. Comment celui que l’on surnomme « le Tigre » a-t-il été poussé à la démission ?

• La crise sécuritaire

Dès sa nomination, en décembre 2017, le Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga, ancien ministre de la Défense, avait fait de la sécurité un point important de sa feuille de route.

À peine arrivé, il s’est employé à promouvoir ce qu’il a défini comme une « stratégie des trois C et des trois D ».  D’un côté, concertation, cohésion et complémentarité ; de l’autre, défense, diplomatie et développement.

Mais cette stratégie, mise en musique dans le cadre du « Plan de sécurisation intégrée des régions du Centre (PSIRC) », s’est révélée une coquille vide.

En cause, notamment, un déficit chronique d’infrastructures militaires permettant d’accueillir les hommes déployés sur le terrain, qui n’a pas été résorbé faute de moyens financiers.

Et tandis que le Plan de sécurisation stratégique se révélait inadapté aux réalités du terrain, la situation sécuritaire n’a cessé de se détériorer au cours du mandat de Soumeylou Boubèye Maïga. Les attaques contre des camps de l’armée malienne se sont multipliées, de même que les affrontements intercommunautaires.

Le point culminant de ces violences – qui ont causé au moins 600 morts depuis janvier, selon les chiffres de l’ONU – a été atteint le 23 mars, lorsque des hommes armés, habillés en chasseurs traditionnels dogon, ont attaqué le village peul de Ogossagou, massacrant indifféremment hommes, femmes et enfants. Au moins 160 personnes ont été tuées lors de cette attaque qui a choqué bien au-delà du Mali.

La dissolution de Dan Na Ambassagou – la milice dogon pointée comme étant à l’origine du massacre – n’a pas permis à Soumeylou Boubèye Maïga de convaincre de sa capacité à ramener la paix dans cette région. D’autant que Youssouf Toloba, le chef de cette milice, n’a toujours pas été arrêté pour répondre des accusations dont il fait l’objet.

• Le front social

L’ex-Premier ministre a par ailleurs fait les frais de son incapacité à faire face au front social. Si les tensions ont pu être plus importantes par le passé – il y a deux ans, la grève des magistrats, des médecins et des transporteurs avait paralysé les services de l’administration et ralenti tout le pays -, la grève des enseignants a sans aucun doute pesé lourd dans le départ du Premier ministre.

Amorcée début mars, cette grève n’en finit pas, faisant peser le spectre d’une année blanche, dans un contexte de bronca syndicale généralisée. Coupures d’électricité répétitives, grève des directeurs financiers, des employés du ministère des Affaires étrangères, des cheminots… « La grève des enseignants est venue se greffer aux autres points chauds, et il est absolument certain que ce front social a été un facteur important de la démission du Premier ministre », analyse le Dr Moumouni Soumano, politologue et directeur exécutif du Centre malien pour le dialogue inter-partis et la démocratie (CMDID).

Fin janvier, sa décision d’économiser 14,194 milliards de francs CFA sur le budget affecté aux dépenses en carburant et en produits alimentaires des ministères et différentes directions a également braqué de nombreux administrateurs. « Cette somme est insignifiante pour le budget de l’État mais elle signifie beaucoup pour les fonctionnaires, qui ont de maigres salaires. Il ne fallait pas faire ça », regrettait à l’époque un ministre.

• Les tensions au sein de la majorité

Pour la première fois au Mali, des députés de l’opposition et de la majorité ont déposé conjointement une motion de censure contre le gouvernement. Celle-ci a été signée par une centaine de députés, alors que le nombre de voix requises pour son adoption est de 98 – soit plus des deux tiers. À la direction du Rassemblement pour le Mali (RPM, au pouvoir), on assure que cela reste une initiative des députés. Mais selon Mohamed Amara, sociologue à l’université de Bamako et auteur de Marchands d’angoisse : Le Mali tel qu’il est, tel qu’il pourrait être (éd. Grandvaux), « c’était l’occasion pour le parti présidentiel de récupérer ce pouvoir qui lui échappe ». Depuis fin 2018, le RPM, en perte de vitesse, s’est vidé d’une partie de ses élus. Ces derniers sont allés grossir les rangs de l’Alliance pour la solidarité au Mali – Convergence des forces patriotiques (Asma-CFP) de Soumeylou Boubèye Maïga. L’Asma-CFP, qui ne comptait que cinq députés à l’issue des législatives de 2013, en dénombre désormais une vingtaine.

L’autre facteur ayant contribué à diviser la majorité est la rivalité entre Soumeylou Boubèye Maïga et Bokary Treta, le secrétaire général du RPM, à la tête de la coalition Ensemble pour le Mali, qui a porté la candidature d’IBK en 2018.

Le fait que le président ait désigné un Premier ministre qui n’était pas issu des rangs de son parti a également créé des remous. Plusieurs poids lourds du RPM reprochaient à Soumeylou Boubèye Maïga d’avoir un agenda caché. « Tant qu’il restait chef du gouvernement, le RPM perdait la main par rapport à la préparation d’une candidature pour la succession d’IBK », ajoute l’universitaire.

La démission du Premier ministre s’explique également par « la crispation de l’atmosphère », estime Amadou Thiam, président de l’Alliance démocratique pour la paix (ADP-Maliba). « Il était évident que même si la motion était rejetée, le Premier ministre n’aurait plus eu une marge de manœuvre suffisante ».

• Le bras de fer avec l’opposition

Depuis plusieurs mois déjà, le Premier ministre était sur la sellette. Au sortir de la présidentielle, une partie de l’opposition en a rejeté les résultats. Soumaïla Cissé, chef de file de l’opposition, arrivé deuxième du scrutin, n’a toujours pas reconnu officiellement sa défaite. Pendant plusieurs semaines, des manifestants sont descendus dans les rues de Bamako pour dénoncer des « fraudes ». Selon eux, le Premier ministre et le ministre de  l’Administration territoriale et de la décentralisation, Mohamed Ag Erlaf, seraient les responsables de ce qu’ils considèrent comme une « mascarade électorale ».

Rendus inaudibles par l’interdiction des manifestations, ces détracteurs seront relayés par les leaders religieux. Mi-février, des dizaines de milliers de maliens ont en effet répondu à l’appel de Mahmoud Dicko, le président du Haut conseil islamique du Mali, et du chérif de Nioro, Bouyé Haïdara. Lors d’un meeting au Stade du 26 mars, ils ont dénoncé la mauvaise gouvernance dans le pays et exigé la démission de Soumeylou Boubèye Maïga.

Quelques mois plus tard, le 5 avril, plusieurs organisations de la société civile et partis politiques ont manifesté à Bamako, malgré l’interdiction des autorités, pour dénoncer l’insécurité. Ils ont de nouveau réclamé la démission du Premier ministre. « Ce n’est pas la personne de Soumeylou Boubèye Maïga qui était remise en question mais plutôt sa politique qui a rassemblé tous les Maliens contre lui, opposition et majorité confondues », lance Housseini Amion Guindo, le président de la Convergence pour le développement du Mali (Codem).

Pour Ibrahima Sangho, du Pool d’observation citoyenne du Mali (Pocim), une organisation de la société civile, « le Premier ministre a échoué en ne réussissant pas à organiser les législatives dans les délais ».

Pour sortir de la crise, de nombreux acteurs politiques réclament un dialogue politique. Le président IBK a également relancé le projet de modification de la Constitution. Pour parvenir à un consensus, le député Ousmane Kouyaté (URD, opposition) estime que « le pays a besoin d’un Premier ministre rassembleur ». La présidence a annoncé dans un communiqué qu’un nouveau gouvernement serait mis en place « après consultation de toutes les forces politiques de la majorité et de l’opposition ».

Mali : le Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga jette l’éponge

Le Premier ministre malien, Soumeylou Boubèye Maïga, a présenté jeudi sa démission au chef de l’État Ibrahim Boubacar Keïta, qui l’a acceptée. Cette décision intervient quelques heures avant l’examen par l’Assemblée nationale d’une motion de censure contre le gouvernement.

Soumeylou Boubeye Maïga a présenté sa démission ainsi que celle de ses ministres « par une lettre datée du 18 avril 2019 », annonce un communiqué de la Présidence. Ibrahim Boubacar Keïta « l’a acceptée, et a remercié Soumeylou Boubeye Maïga pour sa loyauté et son sens élevé du devoir », a précisé la présidence.
« Un Premier ministre sera nommé très prochainement et un nouveau gouvernement sera mis en place, après consultation de toutes les forces politiques de la majorité et de l’opposition », selon le communiqué.

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A l'instant Le Mali en bref

Bamako: L’ AMDH annonce une manifestation mardi

Le président de l’Association malienne des droits de l’Homme (AMDH), maître Moctar Mariko, a annoncé lundi la tenue d’une manifestation mardi à Bamako, contre l’adoption de la loi d’entente nationale, avant son adoption le 13 décembre par l’Assemblée nationale estimant qu’”elle fera la promotion de l’impunité” au Mali.

L’ AMDH projette une marche mardi avec les femmes et les enfants

Moctar Maroko, président de l’association malienne des droits de l’homme (AMDH)

“Nous prévoyons faire un sit-in où une marche, en fonction de la présentation de la situation sur le terrain”, a déclaré M. Mariko à ALERTE INFO, affirmant que “la mesure d’interdiction des rassemblements publics à Bamako, prise (vendredi) par le gouverneur de la capitale n’est pas légale”.

Vendredi, le gouverneur de Bamako, évoquant l’état d’urgence instauré en 2017 au Mali et en vigueur jusqu’en 2019, a pris un décret interdisant toutes manifestation publique dans la capitale malienne.

“Nous allons rencontrer le gouverneur aujourd’hui lundi, pour essayer de dialoguer avec lui et trouver un consensus qui serait bien pour nous tous”, a indiqué le président de l’ AMDH, précisant que “les organisations de défense des droits de l’Homme n’ont pas les mêmes objectifs que les hommes politiques”.

Dans l’application de cette interdiction de manifester dans les rues de Bamoko, une marche annoncée de l’opposition malienne a été dispersée samedi par la police et plusieurs personnes interpellées.

“Nous manifesterons avec les femmes et les enfants, victimes du conflit malien”, a expliquant Moctar Mariko, espérant que “les autorités maliennes, toutes issues du mouvement de la société civile de 1991, donc des républicains, autoriseront cette manifestation”.

Début novembre, lors d’une conférence de presse, 47 organisations maliennes de défense des droits de l’homme ont marqué leur opposition “au projet de loi d’entente nationale”, devant favoriser la paix au Mali en épongeant les crimes liés à la crise de 2012, estimant que “le texte fait la promotion de l’impunité”.

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Mali: l’opposition prévoit une marche début décembre

La coalition de l’opposition malienne réunie au sein du Front pour la sauvegarde de la démocratie (FSD) a annoncé mercredi à Bamako une “marche patriotique”, le 8 décembre au Mali et dans la diaspora, contre le découpage territorial, après son meeting dispersé, il y a deux semaines.

La marche de l'opposition bientôt

L’opposition compte dénoncer l’insécurité et la vie chère au cours de cette marche

Initialement prévue le 4 décembre, cette marche de l’opposition, a été décalée de quatre jours, soit le 8 du même mois, afin de permettre une meilleure organisation, ont indiqué ces partis coalisés dans une note publiée mercredi par l’ancien directeur de campagne du chef de file de l’opposition malienne, Tiébilé Dramé sur son compte Twitter.

Souhaitant que cette marche soit “inclusive et nationale”, l’opposition prévoit à cette occasion de dénoncer non seulement le projet de la réorganisation du territoire malien (qu’elle n’approuve pas), mais également de condamner les violences subies, lors de son meeting dispersé par la police le 16 novembre à Bamako, ainsi que l’insécurité et la vie chère.

Le 16 novembre, la police malienne a dispersé un meeting de l’opposition contre le projet de découpage administratif, devant la bourse de travail de Bamako, faisant plusieurs blessés dont un député.

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Mali : le message du fils de l’otage Sophie Pétronin à Emmanuel Macron

Emmanuel Macron « doit clarifier sa position » sur l’éventuelle rançon pour libérer Sophie Pétronin, otage française détenue au Mali depuis près de deux ans, a réclamé samedi soir son fils Sébastien Chadaud-Pétronin dans un entretien à Nouakchott avec l’AFP, RFI et Radio France.

Sébastien Chadaud-Pétronin a entamé il y a une semaine un voyage au Sahel pour tenter d’intercéder en faveur de la libération de sa mère, après un récent message vidéo très alarmant des ravisseurs. « L’urgence, c’est trouver un accord. C’est la raison pour laquelle je me suis rendu en Afrique », a-t-il expliqué, de retour à Nouakchott après un passage à Bamako.

La question des rançons des otages

Concernant la question des rançons, « je demande à M. Macron de clarifier sa position », a-t-il dit. « M. Macron a le droit de sacrifier l’otage, en sa qualité de chef des armées, mais le sacrifice est la résultante d’un refus de négociation. Donc il a aussi un devoir de transparence, et je crois que dans la situation d’urgence, où on a tous peur qu’elle soit en train de mourir, s’il y a refus de négociation, je pense qu’il est temps maintenant de l’acter », a-t-il affirmé.

JE DEMANDE À M. MACRON DE CLARIFIER SA POSITION

Le message d’un fils à sa mère

« Un canal s’est brusquement bloqué » à Bamako mais « j’attends beaucoup d’un rendez-vous prochain. Bien sûr que je vais rester là (…) Si je rentre maintenant, j’en suis au même point que quand je suis arrivé », a-t-il souligné, même si « le Quai d’Orsay me met en garde sur les déplacements, les rendez-vous ».

« Maintenant ça suffit, ma mère est en train de mourir, et nous l’abandonnons », a-t-il déploré.

« Si tu entends ça, ma petite maman, garde de l’espoir, et accroche-toi parce que je continue, je ne lâcherai rien, je suis là, j’irai là où tu seras. Tant que tu vivras, je ferai tout pour te rejoindre », a-t-il lancé à l’adresse de Sophie Pétronin, 73 ans.

MAINTENANT ÇA SUFFIT, MA MÈRE EST EN TRAIN DE MOURIR, ET NOUS L’ABANDONNONS

Enlevée le 24 décembre 2016

Dans une vidéo reçue le 11 novembre, l’otage française n’apparaît pas. « C’est uniquement un message des gens qui la détiennent, on la voit en photo, elle est sur fond d’écran, et elle est alitée », avait alors décrit son fils, en qualifiant d’ »extrêmement préoccupant » le contenu de ce message.

La dernière vidéo où apparaissait l’otage de 73 ans, longue de 7 minutes, a été reçue mi-juin. Elle y apparaissait très fatiguée et le visage émacié, et en appelait au chef de l’État. La septuagénaire qui, au moment de son enlèvement à Gao (nord Mali), le 24 décembre 2016, dirigeait une association d’aide aux orphelins, affirmait dans sa dernière vidéo redouter de devenir une otage sacrifiée après avoir été une otage oubliée.

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Mali : les dessous de l’opération ayant éliminé le chef jihadiste Amadou Koufa

La mort du chef jihadiste Amadou Koufa, annoncée samedi 24 novembre par les autorités françaises et maliennes à l’issue d’une opération militaire conjointe, constitue un succès significatif de la lutte contre les groupes armés dans le centre du Mali où se concentre l’essentiel des violences qui déchirent le pays.

Amadou Koufa, prédicateur radical malien, est apparu il y a trois ans dans le centre du Mali où lui sont attribuées plusieurs des violences qui, mêlées à des conflits intercommunautaires, ont fait plusieurs centaines de morts depuis le début de l’année.

« Par ce message, en tant que sous-chef d’État-major (des) opérations à l’EMGA (état-major général des armées maliennes), vous confirme la mort du +jihadiste+ Amadou Koufa dans la forêt de Wagadou », dans le centre du Mali, a indiqué samedi à l’AFP le général Abdoulaye Cissé, précisant qu’il avait succombé à ses blessures.

Une opération coordonnée

« Après l’opération militaire (des armées malienne et française), le terroriste Koufa était gravement blessé. Il a été transporté par ses proches, avant de décéder après », a confirmé à l’AFP une autre source militaire. La mort du chef jihadiste malien a également été annoncée sur la page Facebook des forces armées du Mali.

L’armée malienne avait auparavant indiqué avoir mené avec les soldats français de la force Barkhane « une opération coordonnée, dans le centre du Mali le 23 novembre 2018, sur une base abritant le commandement de la Katiba d’Ansar Dine du Macina » dirigée par Amadou Koufa.

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Mali : le Canada ne prolongera pas sa mission de paix

Le Canada ne prolongera pas sa mission de paix au Mali a indiqué samedi le ministre canadien de la Défense en marge du Forum sur la sécurité internationale à Halifax, en Nouvelle-Écosse.

Interrogé par un journaliste de CBC, la radio anglophone publique d’État, sur la possible prolongation de la mission de paix du Canada au Mali, le ministre Harjit Sajjan a répondu que « les discussions » qu’il avait eues « avec d’autres membres de la sécurité des Nations unies n’avaient pas conduit à cela ».

« Chaque année, une nation prend ses responsabilités en déployant un contingent. Nous l’avons fait », a ajouté M. Sajjan. « Les Nations unies travaillent avec d’autres nations pour nous remplacer ».

La mission malienne du Canada s’achèvera en juillet, comme prévu initialement. Elle a débuté le 1er juillet 2018 dans le nord du Mali, à Goa, en remplacement de l’armée allemande.

250 soldats et huit hélicoptères

A l’heure actuelle, un contingent de 250 soldats canadiens et huit hélicoptères sont déployés dans le pays d’Afrique de l’Ouest pour effectuer notamment des évacuations médicales de la mission de l’ONU au Mali (Minusma).

Cette mission de paix des forces armées canadiennes est la première depuis celle qui avait avorté au moment du génocide au Rwanda en 1994.

Le retour des Casques bleus en Afrique répond également à un engagement de campagne du Premier ministre canadien Justin Trudeau, qui s’était fait élire en octobre 2015, avec la promesse, entre autres, de réengager le Canada dans les missions de paix des Nations unies.

Ottawa souhaite aussi obtenir un siège au Conseil de sécurité de l’ONU en 2021.