Économie du football européen : le bout du tunnel ?

    0
    1

    cfc65

    L’UEFA a publié son traditionnel rapport annuel de benchmarking. Véritable bible, ce rapport fournit entre autres éléments relatifs au format des compétitions nationales, un certain nombre d’informations relatives à la santé financière du football européen basées sur la compilation des données de 696 clubs évoluant dans les premières divisions des 54 associations affiliées à l’UEFA au titre de l’année 2014. Encore une fois, ce rapport est riche de nombreux enseignements. Revue d’effectif.

    Des revenus toujours en hausse

    Dans une économie mondiale qui tourne au ralenti, la résilience du football européen à la crise est assez impressionnante. Ainsi, les revenus des clubs se sont élevés à 15,9 milliards d’euros en 2014, en hausse de 5,7% (+863M€). Sur une période plus longue, cette croissance est véritablement impressionnante : les revenus des clubs ont plus que doublé entre 2002 et 2014, et sont plus de 5 fois supérieurs à ce qu’ils étaient en 1996 !

    Cette augmentation une nouvelle fois spectaculaire a été largement portée par certains gros marchés notamment l’Angleterre (+738M€), l’Allemagne (+192M€), la France (+175M€) ou l’Espagne (+127M€) qui sont venus compenser les diminutions enregistrées dans d’autres pays (Russie, Ukraine, Turquie et même Italie). Cette hausse a été largement supportée par la croissance des recettes télévisuelles (+17%). Ces dernières constituent toujours la base de leur modèle économique et comptent pour 34% de leurs ressources devant le sponsoring (25%), les recettes billetterie (16%), les recettes commerciales et les prize money UEFA (8% chacune), le solde étant constitué des «autres revenus» (9%).

    Des charges en hausse maîtrisée

    Le rapport indique que les charges des clubs restent supérieures aux revenus des clubs traduisant ainsi un déséquilibre persistant de leur modèle économique. Elles s’établissent à 16,4 milliards. 95% de ces charges sont consacrées aux paiements des coûts opérationnels (c’est-à-dire touchant directement à l’activité des clubs). Parmi ceux-ci les frais de personnel sont toujours ultra-majoritaires : 9,9 milliards d’euros en 2014 dont 7 milliards pour les joueurs professionnels. Les clubs y consacrent en moyenne 62,1% de leurs revenus. Toutefois, il faut souligner que l’inflation galopante des charges personnel observée jusqu’en 2012 semble se tasser légèrement depuis : +6,9% en 2012, + 4,3% en 2013 et +3% en 2014.

    Là encore certains gros marchés pèsent lourd : à elle-seule, l’Angleterre affichait des frais de personnel (2,277 milliards) plus de 80% supérieurs à ceux de son dauphin allemand (1,138 milliard). Le rapport pointe également les très fortes disparités de masse salariale observées au niveau du football européen tant à l’intérieur qu’entre les différents pays. Le solde des charges des clubs (5%) sont consacrées au paiement de coûts non-opérationnels c’est-à-dire essentiellement les activités de transferts, dont le coût net s’établit à 778M€ au niveau européen, et les coûts financiers (491M€).

    Vers un retour à l’équilibre comptable ?

    Au final, l’exercice 2014 se solde par un déficit global de 496 millions d’euros qui continue de se résorber. Il n’est en effet plus équivalent qu’à 1/3 de son niveau record de l’année 2011 (1,670 milliard d’euros). S’il est difficile d’imputer cette bonne performance à un dispositif particulier, la correspondance de la résorption de ce déficit avec l’implémentation du fair-play financier est frappante.
    L’UEFA souligne d’ailleurs que le résultat opérationnel (avant imputation du résultat des activités de transferts, des résultats financiers et autres résultats) des clubs participant aux compétitions européennes est passé de -382M€ à un bénéfice de 805 M€ entre 2011 et 2014.

    Une dette en baisse de 1 milliard d’euros en 5 ans

    Enfin, le rapport souligne également la diminution de la dette nette des clubs : celle-ci est passée de 7,6 à 6,6 milliards d’euros entre 2010 et 2014. Si elle reste à des niveaux très importants (et concentrée sur un nombre relativement limité de clubs), ce recul est malgré tout intéressant. Il souligne en effet que le fair-play financier, s’il ne tient pas compte de la dette dans ses critères d’appréciation, peut avoir un effet positif de long terme sur ce point en empêchant les «champions de la dette» de continuer à s’endetter et en contraignant les nouveaux entrants à bâtir leurs succès sportifs sur les bases de modèles économiques solides.
    Christophe Lepetit
    Christophe Lepetit est économiste du sport au Centre de Droit et d’Economie du Sport de Limoges. Spécialiste de l’économie du sport professionnel en général et du football en particulier mais aussi de l’impact economique des événements sportifs et des relations sport-médias, il dispose en outre d’une bonne connaissance des enjeux d’actualité du sport grâce à une immersion quotidienne dans le secteur du fait de ses activités professionnelles et bénévoles (membre de commissions fédérales). Adepte des principes de la théorie de la régulation, il commente l’actualité du sport sur Twitter (@ChrisLepetit) ainsi que dans la revue Jurisport éditée par le CDES en partenariat avec Dalloz.
    Source: http://www.francefootball.fr/

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît, inserez votre commentaire!
    Please enter your name here