La carte de l’Afrique ressemblait vaguement à celle des Etats-Unis

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Les cartes anciennes du continent africain présentent des tracés parfois étonnants.

On a beau y mettre des guillemets, la notion de «Chinafrique» paraît toujours aussi maladroite. Sans doute le néologisme a-t-il l’avantage de la concision, mais le parallèle qu’il trace entre la diplomatie chinoise et celle des ex-empires coloniaux est plus que fragile. Parler de «Chinafrique» n’est pas seulement réducteur, c’est aussi faire l’impasse sur un pan de l’histoire orientale.
Longtemps avant que le colonisateur européen n’impose sa loi au Maghreb, les Chinois avaient approché l’extrême-sud du continent. Ils avaient même essayé de le représenter sur le Da Ming Hun Yi Tu, ce gigantesque planisphère du grand Empire Ming qui date de 1389. Une œuvre aujourd’hui considérée comme la plus vieille illustration des pourtours africains.La politique africaine de Pékin ne s’inscrit pas dans la lignée de celle de laFrançafrique pour la simple et bonne raison que ses liens avec le continent noir remontent à plusieurs siècles. En 1413, bien avant que la conférence de Bandung ne fasse émerger le tiers-monde dans l’imaginaire collectif, des expéditions furent conduites par l’amiral Zheng He vers la Somalie, leKenya et Zanzibar.

Le sud de l’Afrique représenté sur Da Ming Hun Yi Tu. 1389

L’Afrique apparaît pourtant dans son entièreté dans des cosmographies arabes et sur des mappemondes européennes du Moyen-Âge. Mais cette entièreté est toute théorique: il s’agit, en fait, de formes abstraites, dont le tracé s’inspire de textes bibliques, antiques, et des impressions de quelques voyageurs. On trouve ainsi dans les carnets de route de Mohammed Abul-Kassem Ibn Hawqal (géographe arabe du Xe siècle) des croquis étonnants.

Une cosmographie du monde par Ibn Hawqal

Les images que possèdent alors Européens et Arabes de l’Afrique sont très floues:

«Jusqu’au XVIe siècle, les navigateurs occidentaux ont eu une connaissance très limitée, le plus souvent indirecte, des rivages africains, explique Emmanuelle Vagnon, chargée de recherche au CNRS. Seules les zones tempérées à mi-chemin entre les pôles et l’équateur [étaient] réputées habitables, ni trop chaudes, ni trop froides. Cette conception d’un espace habité limité à l’hémisphère nord conduit la représentation d’une Afrique resserrée au nord de la ceinture équatoriale.»

Au Moyen-Âge, ce qu’on appelle déjà «Afrique» détient pourtant une importance plus grande dans l’imaginaire européen que dans la pensée arabe:

«Dans la sphère culturelle latine, on pense le monde en trois parties: l’Europe, l’Asie et l’Afrique», précise Robin Seignobos chercheur à l’Institut des mondes africains.

À l’inverse, «en Orient, on divise le monde en climats. Il en résulte que l’Afrique n’est pas représentée comme un continent à part entière (la notion est d’ailleurs anachronique). Elle est séparée en deux, avec une prédominance donnée au nord, mieux connu, et une tendance à étendre ses parties les plus méridionnales vers l’est, de sorte que la côte est-africaine se retrouve face à l’Inde.»

En dépit de son importance symbolique, l’Afrique est encore tronquée sur les cartes européennes: sur lamappemonde de Hereford —achevée vers 1300— le continent est plus étendu d’est en ouest que du nord au sud. Pourtant, son extension est limitée à l’est par le Nil, qui est considérée comme la frontière entre l’Afrique et l’Asie: au-delà du fleuve, les côtes égyptiennes, soudanaises et leurs prolongements sont intégrées dans le bloc «asiatique» ou «indien».

La Mappemonde d’Hereford, 1300

Vers le XVe siècle, l’évolution scientifique qui précède les expéditions métamorphose les représentations du monde. La géographie dite de Ptolémée permet de faire avancer la thèse d’une réunion des océans Atlantique et Indien au sud de l’Afrique. On doute encore que l’étendue terrestre est entourée d’eau.

En 1459, l’italien Fra Mauro, inspiré par les textes antiques de Solin et Pline mais aussi par les voyageurs modernes, donne un nouveau visage au monde tel qu’on le dessine à l’époque. Ce n’est plus le Nil mais l’océan Indien qui sert de limite à l’Afrique, tant à l’est qu’au sud. La mappemonde qu’il dessine est révolutionnaire. Mais elle n’est encore qu’une représentation parmi tant d’autres.

La mappemonde de Fra Mauro. 1459

Avec les Grandes Découvertes (entre les XVe et XVIIIe siècles), le tracé des côtes se fait plus précis. Les chefs d’expédition baptisent les endroits à l’aide de références chrétiennes, ou moins souvent, en fonction de la toponymie locale. Les espaces hors de portée sont comblés par des savoirs antérieurs imprécis.

Une carte de l’Afrique d’Abraham Ortelius. 1584

Au début du XVIIIe siècle, les cartographes occidentaux admettent les erreurs de certaines sources anciennes. Ils éviteront dorénavant de présager des contours ou des noms d’endroits encore «vierges». Le blanc qui emplit désormais l’intérieur des terres africaines est une marque de modestie autant qu’un péché d’orgueil: cet espace inconnu est voué à être défriché.

La remise à plat des cartes européennes de l’Afrique culmine avec laconférence de Berlin de 1884 et son découpage au cordeau des frontières africaines. Le colonisateur nomme et situe maintenant les endroits stratégiques, s’appropriant ainsi l’imagerie du continent.

Pourtant les Africains s’étaient représenté depuis lire la suite sur Slateafrique.com

source: http://www.afrikalife.com/

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