Le Japon veut aider les revenus modestes pour relancer la consommation

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apanese-prime-minister-shinzo-abe-speaksLe retour de la récession pousse le Japon à adopter de nouvelles mesures de relance. Le ministre de la revitalisation économique, Akira Amari, devait dévoiler, mardi 24 novembre, les grandes lignes d’un « plan d’urgence pour une économie forte pouvant donner de l’espoir ».

Réaffirmant l’ambition du premier ministre Shinzo Abe de porter le produit intérieur brut (PIB) à 600 000 milliards de yens (4 588 milliards d’euros) d’ici à cinq ans et de sortir l’archipel de quinze ans de déflation, ce projet est axé sur la relance de la consommation et l’investissement des entreprises. Il sera inclus au plan, présenté le 26 novembre, pour « une société promouvant la participation active des 100 millions de citoyens ».

Ce projet prévoit une hausse de 3 % du salaire minimum. Variable selon les départements, cette rémunération s’établissait en moyenne à 780 yens (6 euros) de l’heure en 2014.

Des efforts attendus en contrepartie

Le gouvernement souhaite également prolonger l’accès à l’assurance chômage au-delà de 65 ans, pour encourager les personnes plus âgées à continuer de travailler. Une enveloppe de 30 000 yens (229 euros) est également prévue pour chacune des 10 millions de personnes touchant une petite retraite.

Ces mesures doivent soutenir la consommation, qui génère 60 % du PIB. La hausse des rémunérations, de 2,59 %, observée en 2015 dans les grandes entreprises, reste insuffisante pour cela.

Autre axe du projet : pousser les entreprises à investir au Japon. Les investissements dans l’Archipel ont reculé de 4,8 % entre avril et juin en glissement annuel et de 5 % entre juillet et septembre. Cette baisse a contribué au recul du PIB au cours de ces deux trimestres et participé à la 5période de récession en sept ans de la troisième économie mondiale.

Le gouvernement va faciliter les procédures pour inciter les PME à investir. La promesse formulée le 12 novembre par M. Abe de faire passer l’impôt sur les entreprises sous les 30 % dès l’exercice commençant en avril 2016, contre 32,11 % aujourd’hui, semble maintenue, malgré les réserves du ministre des finances, Taro Aso, qui, confronté à une dette à 240 % du PIB, veut de nouvelles sources de revenus avant de décider des baisses d’impôts.

En contrepartie, des efforts sont attendus des compagnies, dont les profits atteignent des records grâce au yen faible. « Il est essentiel de lier les gains des entreprises aux investissements et aux augmentations de salaires », estime M. Abe.

Limites des « Abenomics »

Ces annonces peinent à masquer les limites atteintes par les « Abenomics », ces initiatives prises par le premier ministre pour redresser l’économie nippone. Les analystes déplorent l’absence de mesures pour améliorer la compétitivité et assouplir les règles du marché du travail, très attendues dans le cadre de la troisième « flèche » des Abenomics, les réformes structurelles. La hausse du salaire minimum est considérée comme une simple mesure de soutien à court terme.

Dans le même temps, soulignait le 17 novembre Yoshimitsu Kobayashi, le président de la Keizai Doyukai, l’une des fédérations patronales nippones, « une part importante des investissements des entreprises se font à l’étranger. Les dirigeants réfléchissent à dix ou vingt ans ». La demande au Japon, où la population diminue, n’offre pas les mêmes perspectives qu’ailleurs. Et les investisseurs étrangers poussent dans ce sens. « Les activités à l’étranger sont le moteur de la croissance », déclarait fin octobre Eikoh Harada, le président de Benesse, une entreprise du secteur de l’éducation. Le propriétaire de la marque Berlitz prévoit d’investir 200 milliards de yens (1,5 milliard d’euros) sur cinq ans, essentiellement hors du Japon.

Les décisions prises auraient également un objectif électoral, selon ses détracteurs. Shinzo Abe table sur une victoire lors des sénatoriales de juillet 2016, qui lui permettrait de conforter son ambition de rester au pouvoir jusqu’en 2018, voire de mener à bien des projets comme la révision de la Constitution.

 Philippe Mesmer (Tokyo, correspondance)
Journaliste au Monde

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