0061-mali-lopposition-demande-le-report-des-elections-municipalesÀ l’issue d’une rencontre avec le président Ibrahim Boubacar Keïta, le chef de file de l’opposition malienne, Soumaïla Cissé, s’est dit favorable à un report des élections municipales du 20 novembre, en raison de l’instabilité dans le centre et le nord du pays.

« Pendant trois heures d’entretien, nous avons abordé tous les problèmes : le déficit de dialogue, la nécessité d’organiser des concertations nationales et la situation difficile au nord du pays », a déclaré Soumaïla Cissé à l’AFP à l’issue de cet entretien au palais présidentiel jeudi soir.

Risque de perturbations

« Aujourd’hui nous avons beaucoup d’incertitudes, en particulier dans le nord et le centre de notre pays. Nous allons rentrer dans des phases électorales qui créent encore de nouvelles perturbations », a estimé le président de l’Union pour la République et la démocratie (URD) et ancien ministre des Finances.

« Nous souhaitons bien sûr que des élections, si elles se font, se fassent dans tout le pays, mais je crois qu’il ne faut pas être grand devin pour se rendre compte que d’ici novembre ce sera difficile que partout les choses puissent bien se passer. Nous le souhaitons, mais nous ne le croyons pas », a-t-il souligné.

« Les dates nous paraissent des dates certainement à revoir et la loi électorale n’est pas satisfaisante aujourd’hui pour l’opposition », a-t-il ajouté.

Report perpétuel

Les élections municipales qui auraient dû se tenir en 2014, constamment repoussées depuis en raison de l’instabilité au Mali, ont été fixées au 20 novembre lors d’un Conseil des ministres le 10 août.

Le nord du Mali est tombé début 2012 sous la coupe de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda. Ces groupes en ont été en grande partie chassés à la suite du lancement en 2013, à l’initiative de la France, d’une intervention militaire internationale, qui se poursuit actuellement.

Mais des zones entières échappent encore au contrôle des forces maliennes et étrangères, malgré la signature en mai-juin 2015 d’un accord de paix censé isoler définitivement les jihadistes. Longtemps concentrées dans le Nord, les attaques jihadistes se sont étendues à partir de 2015 vers le centre, puis le sud du pays.

Soumaïla Cissé : « Nous n’avons pas parlé de gouvernement d’union nationale avec IBK »

Soumaïla Cissé, président de l’Union pour la république et la démocratie (URD) et chef de file de l’opposition malienne, a été reçu jeudi par le président Ibrahim Boubacar Keïta pour la première fois depuis deux ans. Il revient pour « Jeune Afrique » sur le contenu de cet échange qui a duré plus de trois heures.

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Jeune Afrique : comment s’est passé votre entretien avec le président Ibrahim Boubacar Keïta hier à Koulouba ?

Soumaïla Cissé : Cet entretien a été convivial et ouvert. Mais le plus important, c’est que cela a été un moment de vérité, sans langue de bois.

Qu’avez-vous dit, ou même reproché, au président de la république ?

Je ne vais pas entrer dans tous les détails, mais je me suis plaint du mépris de la majorité vis-à-vis de l’opposition. Aucune de nos lettres n’a jamais obtenu de réponse, que ce soit celles à la présidence, à la primature, ou aux différents ministres. Je me suis plaint de l’inexistence de dialogue et du manque de concertation et j’ai souhaité que l’opposition soit consultée sur les grands problèmes de la nation. Nous n’avons jamais été associés aux accords de paix d’Alger, tant au niveau de la négociation qu’au niveau de la restitution. Tout cela ne fait pas bon ménage avec une démocratie qui se veut consensuelle. IBK s’est plaint, lui, des critiques qui lui sont faites. Nous avons aussi parlé des différentes affaires que nous avons eu à lui reprocher, ainsi que des problèmes de sécurité, des élections locales à venir, ou encore de la loi électorale.

Vous dénoncez régulièrement le manque de dialogue d’IBK. Selon vous, est-il désormais dans une logique d’ouverture ?

Oui, je le suppose, car il a pris l’initiative de nous appeler. Il souhaite aussi que ce type de rencontre soit régulière. À quelle périodicité ? Je n’en sais rien, j’attends de voir. Je crois aussi savoir qu’il va rencontrer d’autres acteurs de la vie politique et sociale dans les jours à venir. Nous verrons quel chemin sera suivi à la suite de tout cela.

Quelles sont les priorités que le président a esquissées lors de votre entretien ?

Que tout le monde se retrouve pour bâtir notre pays. Nous formulons des critiques, mais il est aussi bon que tous les acteurs puissent trouver des solutions ensemble. Le sentiment que j’ai est que le président a besoin de toutes les forces autour de lui pour avancer. Il y a un besoin d’unité nationale forte parce que le pays va mal. Tout le monde le sait et il n’est pas bon de le nier. Il faut trouver des solutions vraiment inclusives à nos problèmes.

Avez-vous évoqué la possibilité d’un gouvernement d’union nationale ?

Non, nous n’en avons pas parlé. Ni lui, ni moi n’avons abordé cette possibilité.

Vous reprochez souvent au président de ne pas avoir de cap. Cet entretien vous a-t-il fait changer d’avis ? 

Je lui ai dit que même s’il avait un cap, celui-ci n’était pas visible. Nous découvrons les choses au coup par coup, tant sur le plan des réformes administratives et politiques que sur les directives données pour une meilleure gouvernance. Sur les accords d’Alger, nous ne savons pas où nous allons. Sur la nouvelle Constitution, nous n’avons fait l’objet d’aucune consultation. Si la vision présidentielle n’est pas partagée, pour nous, elle n’existe pas. Je lui ai donc dit qu’il fallait mieux l’expliquer, afin que l’on puisse y adhérer ou la corriger, pour prendre la bonne direction.

Benjamin Roger

Source : J.A-Mali